Elwyn Blattner fin de cavale
  • lun, 18/09/2017 - 03:32

Ecroué, l’ex-grand patron de la BIAC assigné à résidence. Mais des co-auteurs de la mafia qui a littéralement siphonné la troisième banque commerciale congolaise courent encore…

Il a été pris. Finalement... Ouf! Tombé dans le filet de la justice. Nos pauvres 400.000 petits épargnants congolais peuvent se mettre à rêver...
D’origine juive, l’Américain Elwyn Blattner qui a bâti, parti de rien, à Kinshasa, un groupe qui a réalisé des années durant plus de €250 millions de revenus, dont la troisième banque commerciale du pays BIAC fut une affaire de famille, avait été pris la veille mercredi 13 septembre «quelque part dans la ville». Libéré le lendemain jeudi 14 septembre après une nuit passée au CPRK-Makala (Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa).

ENFIN...
Pas avant d’avoir versé au titre de caution, rubis sur l’ongle - il n‘en manque pas - contre note de perception du Trésor public n°H06564417 du 14 septembre, auprès du Greffier comptable de la Cour Suprême de Justice, CDF 10 millions (l’équivalent de US$ 8.000 au taux Tshibala, hélas!). Inculpé, Elwyn Blattner a été laissé en liberté... provisoire. Tant que durera ce régime carcéral spécial, ordre strict lui a été signifié et remis séance tenante en mains propres, devant ses avocats, aux termes de l’ordonnance de mise en liberté provisoire, de ne pas entraver l’instruction, de ne causer aucun scandale, de se présenter chaque mardi et chaque vendredi à 11 heures, devant l’officier du Ministère public, le magistrat instructeur. Inculpé Elwyn Blattner? Du chef d’escroquerie (art 98, CPLII). Nous sommes au pénal. Ordonnance de mise en liberté provisoire signée par l’officier du Ministère Public, Joseph Nsabua Kapuku, avocat général de la République, visée par le Procureur Général de la République lui-même Flory Kabange Numbi.
Enfin une affaire qui, avec cette fin de cabale rocambolesque, tend sinon vers l’épilogue du moins vers plus de lumière...
Magistrat instructeur, Joseph Nsabua Kapuku, va tenter de démêler l’écheveau de cette vaste escroquerie qui a vu la troisième banque commerciale du pays - la Banque Internationale pour l’Afrique au Congo - devenir la banque folle après avoir été littéralement siphonnée. Un matin d’avril 2016, la BIAC s’est retrouvée sans cadre de direction. Le président du Conseil d’administration, patron tout puissant avant l’arrivée du Congolais Michel Losembe limogé peu avant, le Français Charles Sanlaville avait quitté la banque et quitté le pays. Le Belge Keuren Falesse, directeur commercial, l’homme qui aimait à se présenter comme le troisième fils Blattner, avait le visage hagard quand les bâtiments de la banque à travers le pays furent ceinturés par des petits épargnants ne pouvant retirer un seul dollar de leurs comptes, avait quitté la banque et le pays. Actionnaire majoritaire - en fait le propriétaire Elwyn Blattner - volait déjà entre les Etats-Unis et Israël sans faire signe de vie à la BIAC.
Au Congo, la famille avait liquidé avoirs et biens. Le vaisseau amiral, la firme Cobra (pneus), route des Poids Lourds, vendu. La compagnie aérienne CAA, avec une petite belle flotte du pays, était sur le point de changer de mains... La somptueuse villa familiale, avenue du Haut Commandement, quartier huppé de la Gombe, vendue. L’homme bling-bling, le Congolais Michel Losembe dit Mike - le plus fort salaire du pays avec US$ 120.000/mois - , avait quitté, sur la pointe des pieds, le pays. Parti aux Etats-Unis. Comme l’ancien directeur des opérations, Robert Melotte, qui détient une action des 500.000 parts à la BIAC, ne valant pas un penny, avait planqué US$ 7 millions! Un Français dont la fuite avait été médiatisée par Mike Losembe lui-même assurant que la bête était encore assez forte pour ne pas succomber après cette tentative de mise à mort.
Aucun action judiciaire n’avait été intentée contre cet homme. Aucune commission rogatoire. Au contraire, du temps de Losembe, Melotte avait conservé tous ses contacts à Kinshasa et à la BIAC. «Avec M. Losembe, tout comme avec M. Blattner, ils se parlaient régulièrement. Ils se rencontraient à chacun des passages de l’un d’eux en Europe», témoigne un cadre de la BIAC. La collusion mafieuse.

L’OURAGAN.
A sa nomination, trois ans auparavant, le Congolais, ancien Citi, avait reçu mission de «restructurer» la BIAC. En fait, d’en faire une vache laitière en la transvasant... Dès le lendemain de sa venue, il prend, au vu et au su des Blattner, l’option d’engager à prix d’or du personnel nouveau.
S’il passe de US$ 10.000 à US$ 120.000 de salaire/mois sans compter les rétro-commissions en passant de la Citi à la BIAC, il écarte à tous les postes clés, engage ses hommes à lui, qui lui doivent tout - des avocats - et distribue des salaires mensuels de US$ 30.000 à US$ 40.000 en réclamant une part en retour, accuse-t-on. «Des tels niveaux de rétribution face à des produits inférieurs, font grimper les charges de plusieurs étages. C’est jouer avec l’épargne publique», se scandalise-t-on.
Parmi les nouveaux engagés, quatre directeurs viennent d’Afrique de l’Ouest dont trois ont quitté le pays avant l’ouragan... Blattner.
Nommée Directeure générale a.i, l’ancienne Directeure Kinshasa (un marché de 73% de la BIAC) et Directeure Secteur public, Anne Mbuguje Marengo Giala Mobutu passe du temps à négocier à la BCC (Banque Centrale du Congo) qu’à travailler à son bureau du boulevard du 30 juin. Ne sachant jamais payer leurs dûs à plus de 1.000 agents. Si le premier ministre Augustin Matata Ponyo Mapon affirme, devant la plénière de l’Assemblée nationale, en direct sur la chaîne publique nationale Rtnc, que la BIAC «n’est pas totalement en faillite», c’est pour dire que la BIAC est en faillite.
L’affaire BIAC renvoie à une autre affaire des années Mobutu. Celle de la BK qui fit couler beaucoup d’encre et coula son initiateur, un talentueux self made man zaïrois Augustin Dokolo Sanu, qui créa en 1969 la BK (Banque de Kinshasa). Devant des membres du Gouvernement, le vice-président du patronat congolais Kiwakana a pu avoir ces mots: «Une BIAC peut en cacher une autre», avant de poursuivre, s’adressant directement au gouverneur de la Banque Centrale, Déogratias Mutombo Mwana Nyembo: «On ne peut être banquier et, en même temps, importateur, distributeur, grossiste». Le rapport d’audit de la Banque Centrale du Congo sur la BIAC est mortel. Daté de février 2016, rédigé par une équipe de mission composée de Bhedy Lubanda Kabambi, Donat Kayeye Katumba, Bénjamin Tshinene Kabengele, Michel Bafiba Kukabu, Constant Mwepu Lulu, aucun doute n’est possible dans ces pages. Avec la complicité du Congolais Mike Losembe payé pour et toujours en cavale et, sans aucun doute, l’homme clé, la BIAC et les Blattner avaient pris l’option de reproduire le modèle Dokolo-BK en conduisant à la faillite la troisième banque commerciale du pays.
ALUNGA MBUWA.


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