Kwilu, quid de la conférence des Gouverneurs
  • sam, 29/11/2025 - 00:00

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1649|SAMEDI 29 NOVEMBRE 2025.

La XIIIème Conférence des Gouverneurs annoncée à la XIIème Conférence tenue mi-juin 2025 à Kolwezi, dans la province de Lualaba, confirmée le 11 novembre par une ordonnance présidentielle lue à la Radio-télévision nationale, Rtnc, aura-t-elle lieu mi-décembre dans la province du Kwilu - si oui dans quelle ville ?- ou le pays se dirige-t-il vers un report de cet immense événement politique et économique national hautement stratégique en tenant compte d'absence d'infrastructures d'accueil et du nouvel agenda du Président de la République qui paraît si serré avec notamment cette rencontre annoncée à la même date à Washington, à la Maison blanche autour du président américain Donald Trump?
Dans un texte mis en ligne le 29 novembre sur le site @Presidence_RDC, le Chef de l'État déclare ce qui suit: « Je me rendrai à Washington pour entériner l'accord signé avec le Rwanda sous l'égide des États-Unis et qui a déjà été rendu public en toute transparence ». Si l'on observe quelques signes dans le pays, rien ne garantit la tenue de cette immense rencontre à la date et au lieu précédemment annoncés quand la réunion de Washington s'annonce imminente.

Reçue à un banquet organisé le 15 février 2019 à la Cité de l’Union Africaine par le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo qui venait d'accéder au pouvoir suprême une vingtaine de jours avant, le 25 janvier, immédiatement après son investiture à la magistrature suprême, l’équipe de campagne du Grand Bandundu conduite par le Professeur Tryphon Kin-kiey Mulumba au titre de Directeur de campagne dans l’espace Grand Bandundu, avait présenté un projet prioritaire iconique à réaliser par le nouveau président, attendu par la population bandundoise (les trois provinces du Kwango, du Maï-Ndombe et du Kwilu) outre celle de l’Équateur. Il s'agit de la route nationale n°17, la RN 17, Mongata-Bandundu Ville via les localités Masa-Mbia et Bendela, soit 385 kms.

Parmi les personnes associées à ce dîner de remerciement qui avait eu lieu dans la même salle un jour après la réception par le nouveau Chef de l'État des personnalités originaires du Grand Kasaï conduites par le patriarche Kitenge Yesu d’heureuse mémoire, et qui avait rassemblé une centaine de personnes, il faut citer un ancien premier ministre de Mobutu, Joseph N’singa Udjuu Ungwankebi Untube d’heureuse mémoire, mais aussi Jean-Baudouin Mayo Mambeke, qui sera nommé peu après Vice-premier ministre en charge du Budget, Désiré Cashmir Eberande Kolongele, l’actuel Conseiller spécial du Président de la République en matière de sécurité, Laurent Batumona Nkhandi Kham, alors directeur général à la Direction Générale de la Dette Publique. Tous notables de l'espace Grand Bandundu.

La route nationale n°17 est l’une des voies économiques par excellence du pays. Un financement avait été mobilisé par la Banque Africaine de Développement, BAD, les travaux de réhabilitation entrepris en juillet 2022 par une firme chinoise du nom de SCI qui avait gagné le marché mais la milice Mobondo apparue peu après, qui a tué à ce jour plus d'un millier de personnes depuis 2022 dont des chefs coutumiers de cet espace, selon un bilan provisoire dressé par les Forces armées congolaises, FARDC, a tout bloqué, la RN 17 étant devenue infréquentable.

DES DÉFIS INTENABLES.
« S’il faut faire un bilan partiel des opérations de traque des miliciens Mobondo dans les opérations Ngemba, sur l'axe Kwamouth-Bagata, nous remarquons sur terrain des scènes d’horreur dignes d’un film d’Hollywood et qui font froid au dos. Depuis l’année 2022 jusqu’à ce jour, nous avons enregistré plus de 1.000 personnes tuées du coté civil, sans compter les agents de l’ordre tombés sur le champ de bataille », a déclaré début mars 2025, à Kikwit, le grand centre de négoce du Grand Bandundu, le capitaine Antony Mwalushayi, porte-parole des Opérations « Ngemba » à la XIème région militaire du Grand Bandundu.

La ville de Bandundu, capitale de la province du Kwilu, siège des institutions provinciales, est une ville enclavée.
S'y rendre par la route depuis la capitale Kinshasa n'offre qu'une possibilité raisonnable, la RN 17 aujourd'hui interdite de circulation sauf à en courir de gros risques. Il est possible cependant d'atteindre le siège des institutions provinciales, en venant de Kinshasa, par la localité de Buzala, depuis le site dit 316, situé après la ville de Kenge, le chef-lieu de la province du Kwango, soit 201 kms, mais qui demande de passer par un pont dont l'état est désastreux ou, plus loin encore, par la ville de Bagata mais en passant par les cités de Masimanimba, Vanga et Bagata. Soit trois territoire à parcourir, ce qui porte à une distance d'environ 500 kms.

Reste que quelque soit le chemin que vous choisirez d'emprunter, toucher le sol de la ville de Bandundu, vous fait traverser la rivière Kwilu que l'on atteint par un bac tiré par un petit moteur, et qui ne peut accepter que trois véhicules à la fois, aucun pont ne reliant sur cette rivière le chef-lieu de la province.
Comment y amener des centaines de personnalités nationales voire internationales, politiques, économiques, culturelles, et autres, que requiert un événement d'aussi grande taille? Seule possibilité la desserte aérienne.

Problème majeur : l'aéroport national de Basoko, du nom de l'infrastructure aéroportuaire de la ville de Bandundu, est actuellement desservi par des «avions de brousse». Mais la piste d'atterrissage est un autre problème.
Dans une correspondance officielle du Directeur général de l'Office des Routes, OR, le professeur Jeanneau Kikangala Ngoy, datée du 13 octobre 2025, adressée aux plus hautes autorités du pays, avec ampliation au Président de la République, dont Le Soft International a pris connaissance, les questions qui se posent pour la tenue de cette conférence aux dates annoncées paraissent pour l’instant insurmontables.

Une convention signée fin juillet 2025 entre la Régie des Voies Aériennes-Société Anonyme, RVA-SA, société de l’État actionnaire unique, qui gère une cinquantaine d'aéroports et aérodromes du pays et l'Office des Routes pour des travaux de réhabilitation des chaussées aéronautiques de l'aéroport national de Bandundu, montre des défis intenables.
Le premier de ces défi est l'absence de bitume sur le marché de la province, mais aussi l'absence des carrières des concassés recommandés pour le béton bitumineux outre l'absence des matériaux pour l'asphaltage et le concassage.

Si une commande de 40 tonnes de bitume a pu être faite à Kinshasa par l'Office des Routes qui a déjà perçu une partie de la somme réclamée à la RVA-SA (près de 1 million cinq cent mille $US pour les aéroports de Bandundu et de Kikwit), la question reste de savoir comment ces tonnes de bitume seront livrées à Bandundu Ville et à quel moment dès lors qu'elles ne doivent emprunter que la voie fluviale qui nécessiterait deux semaines au minimum.
Outre les problèmes d'accès, la ville de Bandundu n'est pourvue d'aucune infrastructure susceptible d'abriter un tel événement. Elle ne dispose ni d'un immeuble susceptible de recevoir cet événement, ni d'hôtels ou des bâtiments pouvant loger des centaines d’invités.

Dans une autre vie, c'est la ville de Kikwit, plus au sud de la province, qui fut choisie pour abriter, une conférence des gouverneurs. En partant de Kinshasa, sur la RN1, on se rend à Kikwit après sept heures de route en passant par Kenge et Masimanimba, le chef-lieu de l'un des cinq territoires de la province du Kwilu. Cette RN1 reste l'une des plus belles avenues du pays qui vient d’être réfectionnée par l’Office des Routes. Mais le siège des institutions du Kwilu est la ville de Bandundu et il est temps de faire émerger des infrastructures si l'on veut faire jouer toute sa place au chef-lieu de la province. La première de ces infrastructures est l'ouverture par le bitumage de la RN17, ce qui passe par la fin de l'insécurité, qui demande le règlement de la question de la milice Mobondo.

LE SCHÉMA DES SPORTIFS.
Reste pour un si vaste pays qu'est le Congo la seule alternative possible, la voie aérienne, qui aujourd'hui relie la ville de Bandundu avec l'extérieur et qui demande impérativement à fonctionner selon les normes de l'IATA et de l'OACI.
Les problèmes de l'aéroport de Basoko se retrouvent sur l'autre aéroport du Kwilu, à Kikwit, appelé aussi aéroport de Nzinda. Le début des travaux annoncé fait face aux mêmes défis, explique le Directeur général Jeanneau Kikangala Ngoy.

Rupture des concassés, rareté de bitume, absence d'engin finisseur pour la pose d'enrobés, etc. Face à ces difficultés, Kikangala Ngoy appelle à « l'implication du Gouvernement central pour toute solution urgente pour l'exécution totale si possible des travaux sur l'aéroport national de Bandundu avant la tenue de la conférence des Gouverneurs ».
Il propose de ramener et d’installer à Bandundu ville l'usine d'asphaltage présentement à Kikwit en vue de poursuivre le renforcement de la piste après la tenue de cette conférence.
Il appelle le Gouvernement central à financer le transport et l'installation des usines d'asphaltage et de concassage acquises depuis 2010.

Le président du Conseil d'Administration de la RVA-SA, le professeur Tryphon Kin-kiey Mulumba qui a débarqué, le 4 octobre, sur l’aéroport de Basoko, pour la troisième fois en un an, en mission d'inspection des plateformes aéroportuaires, avant de se rendre par la route à Kikwit, où il inspectait l'Aéroport de Nzinda pour la deuxième fois, a fait le même constat amer. En dehors d'une «volonté ferme et déterminée du pouvoir central», il pense que le rendez-vous de décembre pourrait ne pas avoir lieu.

Si l’absence d’infrastructures dans les villes de Bandundu ville et de Kikwit ne saurait constituer un problème pour un homme politique appelé constamment à aller voir et vivre les réalités des populations dans l'arrière-pays, la question majeure, pour le président du Conseil d'Administration, reste d'atteindre les sites.

Aucune des pistes de ces deux aéroports ne saurait accueillir l'avion présidentiel dans des conditions de sécurité et de sûreté et certainement pas le nombre d'aéronefs qui seraient appelés à se poser pour cet événement.
À Kikwit, outre que la piste est abîmée et prise d'assaut par des riverains, deux têtes d'érosion menacent la piste aérienne.

Dans une présentation faite le 6 octobre au président du Conseil d'Administration de la RVA-SA, le chef d'aérodrome, Michel Esungi Bakanyaka a été explicite. Il a insisté sur « le dossier préoccupant de spoliation de l’emprise aéroportuaire» avec « des occupations anarchiques installées aux abords voire à l’intérieur de la zone aéroportuaire», ce qui « entraîne une présence incontrôlée de personnes et la divagation d’animaux (chèvres, porcs, vaches, chiens, volailles, etc.) sur la piste, particulièrement lors des phases d’atterrissage et de décollage ».

Il a déclaré que « cette spoliation et cet envahissement du site aéroportuaire ont atteint des proportions inquiétantes avec comme conséquences la menace de la destruction de la piste d’envol par les eaux de pluie provenant des toitures des maisons des spoliateurs. Ce ruissellement des eaux entraîne sable et déchet sur la piste et crée déjà une érosion qui avance à pas de géant vers la piste. Ces maisons construites dans le site aéroportuaire perturbent la propagation des ondes radioélectriques, constituent une entrave à la circulation aérienne et expose la population environnante à un risque majeur pour la sécurité aérienne et compromet la conformité de notre aéroport aux normes de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale, OACI».

Michel Esungi Bakanyaka a sollicité « un appui ferme pour la sécurisation de l’emprise aéroportuaire, le dégagement de la zone de sécurité, ainsi que la poursuite effective des travaux de réhabilitation de la piste ».
De poursuivre : «Nous faisons face à plusieurs autres défis matériels: le salon d’honneur se trouve dans un état de vétusté avancé, nécessitant une rénovation urgente pour offrir un cadre d’accueil digne aux autorités et aux passagers VIP. Nous manquons cruellement de matériels de lutte contre l’incendie (extincteurs, tenues et équipements de première intervention), indispensables pour la sécurité opérationnelle. L’aérodrome dont la piste a une longueur de 1.570 m et une largeur de 30 m ne dispose pas d’un véhicule de service pour assurer les inspections régulières de la piste et suivi des activités techniques surtout en période de pluie, La police aéroportuaire manque de tenues et de moyens logistiques adéquats pour accomplir efficacement ses missions de sécurité et d’ordre ».

Puis : « Depuis l’année 2020, à la suite de la pandémie de COVID-19, la compagnie aérienne KinAvia, qui desservait régulièrement Kikwit a suspendu ses activités. Cette interruption a fortement affecté la dynamique de notre aéroport, tant sur le plan opérationnel que financier. Nous ne recevons que des Vols Non Réguliers, VNR, pour des affrètements. Nous saluons les efforts constants de l’Administration centrale de la RVA-SA, notamment pour les salaires et l’approvisionnement en carburant du groupe électrogène alimentant la station VSAT. Toutefois, la quantité allouée mérite d’être revue à la hausse, car les équipements photovoltaïques arrivés depuis 2020 ne sont toujours pas installés. Leur activation allégerait considérablement la charge énergétique et améliorerait la continuité de nos services ».

Face à des défis aussi majeurs, le réaménagement du calendrier de la conférence s'impose de plus en plus.
Il faut d'ores et déjà se préparer à un report de cette conférence. Il appartient au gouvernement de s'assurer avant tout qu'un niveau minimum d'accueil est atteint. L'option de fracturation du programme pourrait aussi être envisagée. Ce que la ville de Bandundu ne pourrait donner, cela peut être donné par une autre ville.
Rien que le schéma observé dans les milieux sportifs. En fonction des infrastructures d'accueil, il est courant désormais que deux ou trois villes se répartissent des tâches et organisent en même temps un même événement sportif. À qui cela ferait mal ?
D. DADEI.


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