- mer, 27/05/2026 - 13:13
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1663 | MARDI 12 MAI 2026.
La ville de Mbuji-Mayi est-elle devenue l’épicentre des détournements des deniers publics sans crainte d’être poursuivi ?
« Voilà ce que Jules Alingete Key n’aurait jamais dû laisser faire ! », réaction d’une association de la Société civile du Kasaï Oriental. L’Office de Voirie et Drainage, OVD, voudrait-il faire croire que les 89 kms des artères de la ville de Mbuji-Mayi qu’il a sélectionnées seraient pavés du diamant émeraude ! Tant pis pour personne.
Le gendarme tant redouté des finances publiques est désormais hors IGF, l'Ins-pection Générale des Finances avec ses contrôles a priori.
L’OVD a, en effet, attribué au Libanais Safrimex SARLU le marché de travaux de réhabilitation de 89,78 kms de voiries de la capitale du Kasaï Oriental au coût de 317.370.258,53 de $US, toutes taxes comprises.
La dernière formalité avant l’attribution définitive, selon les prescrits du code sur les marchés publics, à savoir, la décision d’adjudication à titre provisoire, signée le 23 avril 2026 par le Directeur Général de l’OVD, Victor Tumba Tshikela, est muette sur les spécificités des travaux qui auraient pu justifier la facture si élevée de Safrimex SARLU. Il est, en effet, établi que le coût standard de la cons-truction d’une route au Congo revient à 1 million de $US/Km, même si un expert de l’Office des Routes a déjà démontré que ce prix plancher était aussi exagéré.
Toutefois, rapporté au linéaire, l’OVD offre donc à Safrimex SARLU le marché à près de 3,6 millions de $US/kms. Que dire? Tant pis pour personne. Depuis le controversé projet des 100 jours, la ville du Kasaï Oriental s’est, en effet, bâtie la funeste réputation d’un pandémonium du roi de Pétaud : on pille, on détourne en arguant travailler au nom du Chef de l’État, l'enfant du terroir. En consé-quence, des chantiers et autres projets quoique vachement surfacturés sont à l’abandon.
À Mbuji-Mayi, il y a quelques semaines, l’OVD était déjà la cible de la clameur publique, comme il se vantait d’avoir réceptionné du même Libanais Safrimex quelque 35 kms de voiries asphaltées… après une réhabilitation fort laborieuse de trois ans ! Donc 1 km par mois, raillait-on dans les forums locaux sur les ré-seaux sociaux.
TSHILEJELU, BIS REPETITA.
Pis, ni l’OVD ni Safrimex SARLU n’a révélé les coûts des travaux faisant ainsi le lit des spéculations, d’aucuns soutenant que les 35 kms des routes auraient été facturées à plus de 100 millions de $US. C’est à Mbuji-Mayi que le projet « Tshilejelu », (donner l’exemple, comment faire) en tshiluba (Ciluba), s’est révé-lé l'épicentre du détournement des deniers publics sans crainte d’être inquiété.
L’opinion se souviendra sûrement des excuses de l’alors président a.i de l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS-Tshisekedi) au député Alphonse Ngoyi Kasanji qui avait dénoncé la banalisation de la surfacturation des projets piètrement réalisés au Kasaï oriental.
« L’honorable Alphonse Ngoyi Kasanji qui n’a fait que son travail de contrôleur de l’action de l’exécutif mérite mieux que des insultes. Au nom de l’UDPS, et au mien propre, je tiens à lui présenter des excuses et prie la justice de se saisir de la dénonciation pour établir des responsabilités », avait déclaré Jean-Marc Ka-bund-a-Kabund qui avait d’ailleurs appelé la justice à se saisir du dossier afin que les responsabilités soient établies.
Le député Alphonse Ngoyi Kasanji avait été sérieusement pris à partie par « le surdoué et surdiplômé de Genève », Marce-lin Bilomba, l’alors conseiller principal en charge de l'Économie et des Finances du Chef de l'État à la suite de sa dénonciation.
L’alors conseiller principal s'était même livré à des attaques personnelles à l'en-droit de l'ancien chef de l'exécutif du Kasaï Oriental. Pourtant 14.800.000 $US avaient été décaissés pour financer la construction des écoles et centres de santé à Mbuji-Mayi dans le cadre du projet Tshilejelu. Rien de concret n'avait été réa-lisé.
Un autre «tshilejelu», dans les détournements des deniers publics, porte sur l’électrification de la ville. Kakobola (10,6MW) dans l’ex-Bandundu et Katende (64MW) dans le Kasaï étaient des projets siamois. Alors que l’un a accouché de la lumière, l’autre, celui du Kasaï s’est enténébré dans la dilapidation des fonds.
À la faveur des dernières assises de Makutano, le ministre des Ressources Hy-drauliques & Électricité, Guy-Aimé Sakombi Molendo n'avait pas caché sa colère face au rôle joué par le Fonds de Promotion de l’Industrie, FPI, sur le projet du barrage hydroélectrique de Katende.
Les six millions de $US évoqués par le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, à la faveur de son dernier périple au Kasaï, ont, en effet, servi à entretenir le train de vie des personnes qui se sont substituées à la Snél SA, la société publique, dans le projet Katende. Une cellule - non autrement identifiée - de coordination de construction de Katende et de Kakobola a bénéfi-cié d'un financement de près de 3,5 millions de $US, qui ont servi, non à l’achat des in-puts du projet, mais à l’acquisition de quatre véhicules tout-terrain Toyo-ta Land Cruiser pour près de 50.000 $US par véhicule.
D'autres dépenses, la construction d'un camp de vie pour les exploitants de la centrale hydroélectrique de Katende, pour environ 305.000 $US, l'adduction et l’alimentation de l’eau potable dans le camp précité pour un peu plus de 100.000 $US. Quant au reste, plus de 2 millions de $US, les bénéficiaires au-ront du mal à le justifier sinon vont-ils se complaire à avancer un justificatif imaginé non sans ironie, des années Zaïre, à savoir, «frais généraux».
« Le Président de la République a été victime de montages financiers attrape-nigaud », a commenté un proche du dossier. « Tout ce qui a été fait avec cet ar-gent, c'est juste le désherbage et le remplacement des batteries d'engins rou-lants», s'est surpris le Président tout en s'interrogeant sur l’absence de la Snél à Katende, visiblement, le Président n'aurait pas l'information selon laquelle, le projet Katende, 64 MW, est le fruit d'une coopération entre le Congo et l'Inde, tout comme Kakobola.
Resté à l’abandon, le ministre des Finances, Doudou Roussel Fwamba Likunde Li-Botayi a repris le projet sur la liste de ses sept grands projets dont les travaux seront financés par les 1,25 milliards d’euros qu’il a perçus de l’Eurobond.
Pourtant, au début du premier mandat de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, la partie indienne attendait du Congo, pour relancer les travaux, une contrepar-tie de 10 millions de $US.
Rien n'est venu si ce n'est que feu Patrice Kitebi Kibol M'Vul, alors trop puissant Directeur général du FPI, a préféré financer le marché de « l’étude des travaux d’érection de la centrale photovoltaïque » à Tshipuka, dans la chefferie de Bakwa Kalonji, en territoire de Tshilenge, au Kasaï Oriental.
Le marché a été attribué de gré à gré aux firmes égyptiennes Hassan Alam Cons-truction, HAC, et Power Generation Engineering and Services Company, PGES-CO, pour un montant que seul le FPI pourrait, sait-on jamais, déclarer à l’Inspection Générale des Finances. Les deux sociétés remportent aussi le mar-ché de construction de ladite centrale pour 19.720.000 $US sur financement du FPI.
Dans la foulée, et de gré à gré, le Fonds de Promotion de l'Industrie attribue un autre marché appelé «l’étude des travaux d’érection de la centrale hydroélec-trique de Tshibasa » à une entreprise kosovare Grand International Grup LLC, illustre inconnu. Plus de 50 millions de $US. Tous signés FPI et donc, Patrice Kitebi Kibol M’Vul, qui a longtemps bénéficié d’un appui de taille, celui du « surdoué et surdiplômé de Genève », qui sera pourtant suspendu de ses fonc-tions de secrétaire national adjoint en charge du Budget au parti présidentiel UDPS par le Secrétaire général Augustin Kabuya Tshilumba.
Cet argent aurait pu servir à beaucoup de projets, a regretté Guy-Aimé Sakombi Molendo. Hélas. Et personne n’a été inquiété, aucune interpellation ni poursuite. Et, tout naturellement, le « Tshilejelu wa biimvi » (l’abc du péculat) s’est ramifié et ancré dans la région de Mbuji-Mayi et contrées voisines.
En son temps, speaker de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe Lwa Kanyiginyi Nkingi, s'était demandé, à l’occasion d'une question orale avec débat adressée au Directeur Général de l’OVD Victor Ntumba Tshikela, sur le pourquoi du trop plein des projets pour l’espace Kasaï? Est-ce pour détourner de l’argent sans crainte d’être poursuivi ?
POLD LEVI MAWEJA.





