La Banque mondiale prie l'État congolais de faire passer ses sociétés du parking à l'auto-route
  • mer, 27/05/2026 - 13:40

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1663 | MARDI 12 MAI 2026.

La Banque Mondiale vient de publier un rapport particulièrement critique daté mars 2026, sur les entreprises publiques congo-laises.

Le minier public, paradoxe dans le paradoxe ; électricité et eau : l'abondance théorique, la pénurie réelle ; gouvernance : le contrôle dilué, la transparence ab-sente ; une dette qui menace les Finances publiques; des pertes qui s'accumulent depuis dix ans, etc. Dans ce document consacré à la situation économique du pays, et intitulé «Du parking à la voie rapide : Réformer les entreprises pu-bliques», l’institution bancaire mondiale s’arrête notamment sur les sociétés minières détenues par l’État congolais, l'un des sujets centraux dans une éco-nomie où les mines restent le principal moteur de la croissance et des exporta-tions. L’institution créée en 1944, qui dispose son siège à Washington DC., re-vient également sur les difficultés des sociétés telles la Snél, la Société nationale d'électricité et la Régideso, la société de fourniture de l’eau.

Si le Congo affiche une croissance supérieure à la moyenne des pays d'Afrique au Sud du Sahara, portée par le secteur minier, dans son rapport sur la situation économique du pays, la Banque mondiale dresse un constat sévère sur les entre-prises publiques congolaises : pertes financières massives, endettement crois-sant, gouvernance défaillante, infrastructures vieillissantes. Pour l'institution bancaire planétaires, ces fragilités ne concernent plus seulement les entreprises elles-mêmes. Elles pèsent sur les finances de l'État, sur la compétitivité de l'éco-nomie et sur les conditions de vie de la population.

Entre 2014 et 2023, les entreprises publiques congolaises ont accumulé environ 5,3 milliards de $US de pertes, soit plus de 500 millions par an, un montant que la Banque Mondiale met en perspective de façon brutale : il correspond presque au budget annuel du pays dans le secteur de la Santé.

Plus des deux tiers des entreprises pour lesquelles des données sont disponibles ont déclaré des pertes, en 2023. Dans le domaine de l'énergie, des transports et de l'éau, Snél, la RVA-SA, la SNCC, l'ONATRA et la Régideso sont les plus exposées.

ABSENCE DE PROFESSIONNALISATION.
La dette de ces entreprises est passée de 5,7 % du PIB, en 2019, à 7,3 % en 2023. Elle représente désormais environ 42 % de la dette extérieure publique congo-laise. Un défaut de paiement total des onze principales entreprises publiques coûterait au Trésor environ 179 millions de $US en une seule année. La Snél con-centre à elle seule 75 % de cette dette.

Les difficultés de trésorerie sont chroniques : certaines créances restent im-payées, pendant près de quatre ans, et les délais de paiement des créanciers peu-vent dépasser trois ans. Résultat : plusieurs entreprises empruntent, non pour investir, mais pour couvrir leurs déficits de liquidités. La Banque Mondiale dé-crit des conseils d'administration politisés, des nominations sans critères de compétence, un contrôle fragmenté entre plusieurs institutions. En 2024, seules dix des vingt principales entreprises publiques ont publié leurs états financiers. Sur les cinq dernières années, seules cinq l'ont fait régulièrement.

Le Congo n'utilise que 3,2 % de sa capacité hydroélectrique installée. Seuls 22 % de la population ont accès au réseau électrique. La Snél enregistre 37 % de pertes techniques sur sa production. Les délestages sont permanents, les coûts pour les entreprises élevés. Dans le secteur de l'eau, la Régideso ne couvre que 16 % de la population. Dans les zones rurales et semi-urbaines, l'accès à l'eau potable reste inférieur à 14 %. En 2024, environ 40 % de l'eau produite n'arrive pas jusqu'aux usagers.

La croissance congolaise repose sur les mines. En 2025, les exportations de cuivre ont dépassé 3,4 millions de tonnes, mais les entreprises minières pu-bliques sont elles-mêmes fragilisées. À la MIBA, la Minière de Bakwanga, les charges salariales représentent 137 % du chiffre d'affaires. La Gécamines con-centre environ 16 % de la dette totale des entreprises publiques, même si elle a enregistré le bénéfice le plus important parmi les entreprises observées.

Selon ce rapport, l’expérience internationale montre qu’un ensemble cohérent de réformes pourrait contribuer à renforcer la performance et la gouvernance des entreprises publiques congolaises. Une plus grande professionnalisation de la fonction d’actionnariat de l’État pourrait clarifier le rôle du gouvernement et li-miter les interventions discrétionnaires, tandis qu’une séparation plus nette entre les activités commerciales et les missions de service public soutenue par une compensation budgétaire transparente pourrait améliorer la responsabilité.

Selon l’expérience internationale, la transformation des entreprises publiques en sociétés de droit commercial s’accompagne généralement de l’instauration de conseils d’administration professionnels, de contraintes budgétaires rigou-reuses, d’une tarification fondée sur les coûts et d’une transparence renforcée. Ancrées dans une stratégie crédible à moyen et long terme, ces mesures pour-raient contribuer à aligner le cadre des entreprises publiques congolaises sur les normes internationales tout en soutenant la viabilité budgétaire et la prestation de services.

La sortie de ce rapport arrive un an après la tenue des travaux des états généraux des entreprises du portefeuille de l’État. Ce forum visait à faire des entreprises publiques un puissant levier de croissance et de développement de la RDC. Les participants, venus de divers horizons, avaient posé en décembre 2024 un dia-gnostic du secteur en examinant les maux dont souffre la majorité des entre-prises du portefeuille de l’État.

Extraits : « La croissance du PIB réel a légèrement ralenti, passant de 6,1 % en 2024 à une estimation de 5,5 % en 2025, tout en demeurant supérieure à la moyenne de l'Afrique subsaharienne. Cette croissance a continué d'être portée par l'activité minière à forte intensité de capital, avec une production de cuivre en hausse de plus de 10 % en 2025. Toutefois, ces gains ne se sont pas encore traduits par une amélioration généralisée du niveau de vie.

La croissance a géné-ré peu d'emplois formels et la pauvreté reste répandue : plus de 80 % de la popu-lation vivrait en dessous du seuil international de pauvreté. L'inflation a forte-ment reculé de 11,7 % à fin 2024 à 2,3 % à fin 2025 soutenue par une politique monétaire restrictive, l'appréciation de la monnaie et la baisse des prix mon-diaux des produits alimentaires et énergétiques », écrit la Banque mondiale.

« Des réformes profondes et durables sont absolument indispensables pour faire passer les entreprises publiques de la RDC du parking à l'autoroute de son déve-loppement. Des entreprises publiques bien gouvernées et gérées de manière pro-fessionnelle permettront d'améliorer la productivité de l'économie, d'offrir de meilleurs services aux populations et aux entreprises privées, et de créer davan-tage d'emplois de qualité », déclare pour sa part, Albert Zeufack, Directeur de division de la Banque Mondiale pour l'Angola, le Burundi, la RDC et São Tomé-et-Príncipe.
avec AGENCES.


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