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Le Soft International n°1663 | MARDI 12 MAI 2026.
EIC (État Indépendant du Congo, Congo-Belge, République Dé-mocratique du Congo, Zaïre, République Démocratique du Congo. Notre pays a changé plusieurs fois de nom. Il a connu plusieurs sub-divisions, districts, provinces. Des allers-retours sans cesse (création, démembrement, regroupement, démembrement) souvent justifiés par notamment « le besoin de rentabilité économique, (...) la campagne anti esclavagiste», «structuration en fonction du fleuve et de ses affluents», « expéditions militaires », écrit Adople Lumanu Mulenda Bwana N'Sefu dans son ouvrage, les Provinces du Congo, création, démembrement et regroupements (1910-2015), Kinshasa, Presses uni-versitaires du Congo, IDEBASE Éd., 2015. Et, des conflits entre leaders. Le cas dans l'espace Kongo qui comprenait à l'origine le Kongo Central, le Kwango, le Kwilu et formaient la province de Léopoldville (espace appelé jadis Stanley-Pool) avant que le Bas-Congo (Kongo Central) sous l'emprise de l'Abako, l'Alliance des Bakongo, ne s'en aille, ne fasse sécession avec Gaston Diomi Ndongala en tête après un échec aux élections qui donnèrent la victoire au PSA, le Parti Solidaire Africain, aile Cléophas Kamitatu Massamba. Retour à nos origines, réf. op. cit.
Aux origines, c'est le Décret royal du 16 mars 1887 portant organisation du Gouvernement local qui prévoyait la division de l'État en districts (circonscriptions administratives) dirigés par des Commissaires de district assistés d'un ou de plusieurs adjoints, qui régla la question, en son art. 3. Sous l'empire de l'ÉIC, le Congo fut divisé en 1888 en onze districts, en 1890 en douze districts, en 1895 en quinze.
Puis, sous l'empire du Congo-Belge, douze districts virent le jour en 1910 et vingt-deux en 1912, «peu avant la création de la première vague des provinces dont ces districts feront partie intégrante», écrit Adolphe Lumanu Mulenda Bwana N'Sefu, op. cit.
En 1888, les onze districts nés du Décret royal daté du 1er août ? Banana (chef-lieu Banana), Boma (Boma), Matadi (Matadi), Cataractes (Lukunga), Stanley-Pool (Léopoldville), Kasaï (Luluabourg), Lualaba (Lusambo), Équateur (Coquil-hatville), Ubangi-Uélé (Nouvelle Anvers), Arwimi-Uélé (Basoko) et Stanley-Falls (Stanley-Falls). En 1890, le Décret royal du 10 juin créa le district du Kwango Oriental (chef-lieu Kingunji) «par l'intégration de la région du Kwango Oriental dans l'espace national, ce qui porta le nombre de districts à douze», op. cit.
En 1895, ce fut la création du district du Lac Léopold II. Et ceux de l'Ubangi-Uélé et de l'Arwimi-Uélé furent démembrés en cédant la place respectivement aux districts de l'Ubangi, Bangala, Arwimi et Uélé. Le Congo en vînt à quinze districts (Banana (chef-lieu Banana), Boma (Boma, Matadi (Matadi), Cataractes (Lukunga), Stanley-Pool (Léopoldville), Kasaï (Luluabourg), Lualaba (Lusambo), Équateur (Coquilhatville), Ubangi (Libenge), Arwimi (Basoko), Stanley-Falls (Stanley-Falls), Kwango Oriental (Kingunji), Lac Léopold II (Inongo), Bangala (Nouvelle Anvers), Uélé (Niangara).
CRÉATION DU KWILU AVEC CHEF-LIEU KIKWIT.
Les quinze districts ne furent que sur papier. En 1908, l'ÉIC comptait douze dis-tricts dès lors que le district du Lualaba était administré par le Comité Spécial du Katanga, CSK, une société à charte, que les districts des Cataractes et de Bo-ma étaient rattachés temporairement au district de Matadi. Le 15 novembre 1908, l'ÉIC passa sous le régime de la Belgique, changea de nom pour prendre celui du Congo-Belge.
En 1910, l'Arrêté royal du 7 mars repassait de quinze à douze, nombre de districts que le pays avait connu à la fin de l’ÉIC. Ce sont le Bas-Congo (chef-lieu Boma), le Moyen-Congo (Léopoldville), le Kwango (Popo-kabaka), le Lac Léopold II (Inongo), l'Équateur (Coquilhatville), le Bangala (Nouvelle Anvers), l'Ubangi (Libenge), l'Aruwimi (Basoko), la Stanleyville (Stan-leyville), le Kasaï (Lusambo), le Katanga (Kambove), l'Uélé (Niangara).En 1912, l'Arrêté royal du 28 mars fit passer le nombre de districts à vingt-deux.
Ci-après : Bas-Congo, Moyen Congo, Kwango, Lac Léopold II, Équateur, Lulon-ga, Ubangi, Bangala, Bas-Uelé, Haut-Uélé, Aruwimi, Stanleyville, Ituri, Lowa, Maniema, Kivu, Tanganyka-Moero, Haut-Luapula, Lomami, Lulua, Kasaï, San-kuru.
Les districts entraient en vigueur « à la date que devait fixer le Gouverneur géné-ral par voie d'ordonnance. Il fixait, à la même occasion, le chef-lieu du district et le subdivisait, pour la première fois, en territoires. Opération étalée de 1912 à 1914», op. cit.
Lors du premier réaménagement issu du décret royal du 1er août 1888, le Bas-Congo, «la première région du pays à être mieux explorée, maîtrisée et occupée, était la mieux pourvue par souci de favoriser la rentabilité économique et fournir les premiers produits pour l'exportation. C'est ainsi que, sur les onze premiers districts, cinq étaient concentrés dans le Bas-Congo», op. cit. Dans la partie est du pays, «l'espace swahili était enfermé dans le seul district de Falls», op. cit.
La province de Léopoldville était formée d'une partie de la province du Congo-Kasaï démembrée, à laquelle s'ajoutait le district du Lac Léopold II, qui, jadis, appartenait à la Province de l’Équateur. Ainsi, toujours en vertu de l’Arrêté royal du 25 septembre 1933, la province comptait 4 districts : Léopoldville (Léopold-ville), Bas-Congo (Boma), Kwango (Banningville), Lac Léopold II (Inongo).
Le 1er juillet 1941, le district urbain de Léopoldville devint la ville de Léopold-ville, le district du Moyen-Congo qui appartenait à la province du Congo-Kasaï jusqu'à sa suppression le 10 août 1923, réapparut. Le 1er octobre 1947, la pro-vince de Léopoldville gardait tous ses quatre districts créés en 1941 : Bas-Congo, Kwango, Lac Léopold II et Moyen-Congo, mais le 1er juillet 1954, le district du Kwango éclata en deux districts : Kwilu, avec (chef-lieu Kikwit) et Kwango (chef-lieu Kenge).
Le 1er janvier 1956, virent le jour d'une part le district de Léopoldville compre-nant la ville de Léopoldville et, d'autre part, le district des Cataractes avec Thys-ville (aujourd'hui Mbanza-Ngungu) pour chef-lieu. La province de Léopoldville comprenait six districts : Bas-Congo, Kwango, Kwilu, Lac Léopold II, Cataractes et Léopoldville. Le 1er janvier 1959, le district de Léopoldville fut élevé à nouveau au rang de ville et devint la Capitale du Congo Indépendant.
Le 30 juin 1960, la province de Léopoldville comptait cinq districts : Kwilu (chef-lieu Kikwit), Kwango (Kenge), Lac Léopold II (Inongo), Cataractes (Mbanza-Ngungu) et Bas-Congo (Boma) ; la ville de Léopoldville et 24 territoires.
Le district du Bas-Congo comprenait cinq territoires : Boma, Lukula, Tshela, Sekebanza, Matadi. Celui du Kwango avait aussi cinq territoires : Kenge, Feshi, Kahemba, Kasongo-Lunda et Popokabaka.
Le Kwilu comptait quatre territoires : Kikwit, Idiofa, Masimanimba et Gungu auxquels s'ajouta le territoire de Ban-ningville détaché du district du Lac Léopold II. Le district du Lac Léopold II, toujours avec Inongo pour chef-lieu depuis 1895, avait 5 territoires : Inongo, Ki-ri, Kutu, Mushie et Oshwe. Le district de Cataractes était composé de cinq terri-toires : Luozi, Thysville,Kasangulu, Songololo et Madimba.
Entre-temps, la dialectique de la fragmentation gagna tout le pays et c'est sans surprise que le Kongo Central, le Sud-Kasaï et le Nord-Katanga consolidaient leur volonté de s'ériger en province de facto. C'est également sans surprise que l'idée de création de nouvelles provinces domina ou hanta les rendez-vous des politiciens à Tananarive, Coquilhatville et Lovanium, op. cit.
Ce sont les résultats des élections provinciales de 1960 qui firent voler en éclats la province de Léopoldville. Certes, le parti « Abako écrasa sans surprise ses ad-versaires dans les districts des Cataractes et du Bas-Congo. Il y exerça son hé-gémonie comme parti unique et organisation ethnique.
Il surprit à Léopoldville en gagnant sept sièges sur dix, résultat qui, selon les observateurs, dépassait largement le pourcentage ethnique des Bakongo à Léopoldville. Un seul conseil-ler Abako fut élu en dehors des districts Bakongo et de Léopoldville, notamment à Popokabaka (Kwango), territoire contigu à celui de Madimba», op cit.
Mais le PSA, le Parti Solidaire Africain, « fut le véritable vainqueur des élections avec trente-cinq sièges dans la province», Adolphe Lumanu, op. cit. Il exerça, à son tour, son hégémonie dans le Kwilu (1.200.000 habitants) où il ne céda que deux sièges à l’Abazi, l'Alliance des Bayanzi (Bandunduville).
Le PSA étendit son influence dans les territoires de Kenge, Feshi et Kahemba où il n'avait remporté que quelques sièges et opéra une tentative de pénétration au Kasaï. Dans le district du Kwango (485.000 habitants), la victoire revint à la Luka (affiliée au PNP) qui enleva neuf sièges sur treize. Le district du Lac Léo-pold II offrit une répartition électorale plus confuse : les huit conseillers furent issus de six listes différentes. La seule surprise fut la victoire du MNC-Lumumba, avec deux élus pour deux sièges disponibles dans le territoire d'Inon-go.
«Les résultats des élections dans la province de Léopoldville furent une surprise pour les leaders de l'Abako qui n'avaient jamais imaginé qu'ils pourraient ne pas constituer le parti le plus important à l’Assemblée provinciale de Léopoldville», op. cit.
Les leaders Kongo avaient-ils oublié le recensement pouvait faire présager les résultats ? Le Kwilu regorgeait de 1.200.000 d'habitants tandis que les régions Kongo n'en disposaient que de 800.000.
Avec quelques difficultés, l'Abako parvint néanmoins à un accord avec le PSA : le Gouvernement provincial serait un Gouvernement de coalition. Si l'Abako aurait la présidence de l'Assemblée et quatre ministres, le PSA disposerait du poste de président de la province et aurait quatre ministres.
« L'Assemblée provinciale se réunit pour la première fois le 1er juin 1960 pour dé-signer par le sort son président provisoire. Le 5 juin 1960, elle procéda à l'élection des conseillers cooptés et de son bureau définitif. Dès le premier vote, l'accord fut violé et un candidat PSA fut élu à la tête de l'Assemblée. Ce fut Kakwala élu dès le 1er tour avec 58 voix contre 37 votes pour Yumbu-Lemba de l'Abako.
Ce résul-tat qui impliqua la rupture de l’accord au moment du vote, surprit et déconcerta l’Abako qui demanda une suspension de la séance. À la reprise, Diomi déclara « je tiens à préciser que l’Abako n'a pas quitté la salle par mécontentement. Nous avons été tout simplement désorientés», op. cit.
Joseph Yumbu-Lemba fut élu, au second tour, premier vice-président avec 57 voix et Kimbanzi de la Luka, 2ème vice-président avec 61 voix.
Comment expliquer l'échec de l'accord Abako-PSA? L’Abako et le PSA faisaient face à des divisions internes. Le PSA était divisé en deux camps : celui de Gizen-ga, soutenu par Pierre Mulele et Gabriel Yumbu et le Comité central, et celui de Cléophas Kamitatu, appuyé par Félicien Kimvay et par une forte majorité des élus provinciaux. L'Abako comptait une aile modérée dont Joseph Yumbu-Lemba était le représentant et une aile progressiste représentée par Diomi. À cela, il faut signaler que les négociations simultanées en vue de la formation des Exécutifs central et provincial obligeaient les dirigeants des partis à passer des accords à ces deux niveaux.
Candidat PSA à la présidence du Gouvernement provincial, Cléophas Kamitatu avait de bonnes raisons de craindre que Antoine Gizenga, leader de l'autre aile, n'ait passé un accord avec l'Abako pour obtenir la présidence du Gouvernement provincial pour son propre compte. Si le rapport des forces à l'intérieur du PSA était en faveur de Kamitatu, une alliance même partielle avec l’Abako, aurait suf-fi à faire basculer le vote en faveur de Gizenga. De même, certains dirigeants de l'Abako pouvaient négocier leur participation au Gouvernement central au dé-triment des chances de participation de l’Abako au Gouvernement provincial.
Après l’échec de l'accord PSA- Abako sur la présidence de l'Assemblée provin-ciale, les députés provinciaux Bakongo prirent la décision de constituer un Gou-vernement et une Assemblée Mukongo homogènes dans une province Mukongo. Le 8 juin 1960, ils publiaient un communiqué. « Personne n’ignore les sacrifices consentis par les Congolais en général et par le peuple Mukongo en particulier pour l'accession du Congo à son indépendance totale.
Considérant qu'il est de l'intérêt supérieur du pays de respecter les aspirations légitimes de chaque peuple qui le compose ; attendu que les peuples ou États du Congo Fédéral doivent être traités sur pied d'égalité quels que soient le nombre d’habitants et l'étendue de leurs territoires respectifs ; tenant compte de l'attitude étrange de certains partis politiques coalisés de la province et tendant à minimiser l’importance du peuple Mukongo qu'ils traitent subjectivement et injustement de minoritaire ; après des démarches infructueuses auprès de ces partis en vue d'une répartition équitable des portefeuilles; étant donné le manque de collabo-ration sincère et loyale qui se dessine à l'horizon dans tous les domaines et sur toute la ligne, l'unité de la province de Léopoldville étant ainsi fortement com-promise ; ayant pleine confiance que le peuple Mukongo a pesé de tout son poids pour que les aspirations légitimes de chaque peuple du Congo Indépendant soient satisfaites ; nous, élus du peuple Mukongo, signataires du présent com-muniqué, décidons de former nous-mêmes notre Gouvernement provincial dans un Congo fédéral ».
Vînt le oui-mais... du Gouverneur provincial belge Stenmans qui affirmait que cela pourrait se faire légalement, mais seulement lorsqu'un Gouvernement cen-tral aurait été formé, qui déciderait de la procédure à adopter pour la formation de nouvelles provinces. Le devoir de la Belgique, disait-il, était de maintenir les provinces telles quelles jusqu'à l'indépendance.
« L’Abako a fait connaître sa dé-cision de constituer le Bas-Congo au sein du Congo en entité politique et admi-nistration séparée du reste de la province. Sur le plan national, l’Abako mani-feste sa volonté de maintenir le Bas-Congo dans un grand ensemble congolais. Ceci est fondamental. Dès lors, le seul problème se posant est celui de l’organisation interne du pays au niveau provincial. Il s'agit donc de savoir si le Bas-Congo doit continuer à faire partie de la province actuelle ou constituer, sous une forme à déterminer, une nouvelle province.
Le problème, ainsi ramené à de justes proportions, doit être considéré avec sérénité. Ma position est nette à cet égard. Tant que l'Abako se borne à inscrire à son programme la constitution du Bas-Congo au sein du Congo en entité administrative et politique distincte du reste de l'actuelle province de Léopoldville, elle ne sort pas de la légalité, mais elle doit savoir que les résolutions de la Table Ronde, traduites dans la Loi Fon-damentale provisoire, prévoient impérativement le maintien des six provinces dans leur configuration actuelle jusqu’à ce que les institutions centrales du Congo en aient éventuellement autrement disposé.
Par conséquent, ce problème institutionnel ne pourra être réglé que par des instances nationales congolaises, à savoir, par le Gouvernement central congolais et le Parlement congolais. Ce sont donc ces instances que l’Abako doit saisir de son exigence. Gardien de la légalité jusqu'à l'achèvement de la période transitoire actuelle, je ne puis donc reconnaître aux récentes déclarations de l'Abako qu'une seule interprétation, à savoir, que ce parti revendiquera des institutions nationales par la voix de ses élus, la constitution du Bas-Congo en entité politique et administrative dis-tincte du reste de la province de Léopoldville.
C'est à cette interprétation, seule compatible avec la légalité, que je suis résolu à me tenir. Ceci veut dire qu'en at-tendant la décision des institutions nationales congolaises, rien ne peut être changé, ni endroit, ni en fait, à l'organisation légale actuelle de la province. La constitution légale de l'Assemblée provinciale et du Gouvernement provincial de Léopoldville doit donc se poursuivre d'urgence. J’y veillerai».
Le 9 juin 1960, après avoir sérieusement examiné le communiqué des députés provinciaux Bakongo, le Comité Central de l’Abako confirma la prise de position des élus du peuple « qui ont fait preuve de maturité politique ». « L’Abako, cons-ciente des sacrifices consentis par ses membres pour la libération du pays, ne peut tolérer qu'après le 30 juin 1960, le néo-colonialisme puisse succéder au ré-gime actuel.
C'est pourquoi elle veillera à ce que, devenus indépendants, les Ba-kongo jouissent de tous les droits reconnus aux peuples du monde libre. Par conséquent, il approuve la décision des élus selon laquelle un Gouvernement provincial Mukongo doit être formé dans le Congo Fédéral de demain».
Le même jour, les élus Bakongo se réunirent en Assemblée provinciale séparée et désignèrent leur bureau provisoire. Le lendemain, 10 juin, l'assemblée élit son bureau définitif. Joseph Yumbu-Lemba en devint le président. Le 11 juin, un communiqué de l’Abako annonçait la formation d'un Gouvernement Mukongo, dont Diomi était le président.
Puis, le 13 juin, ce fut la marche arrière. Le comité central fit savoir qu'il n'y au-rait pas une province Mukongo avant le 30 juin 1960. « Les dirigeants de l'Aba-ko, pour rester conformes à la loi fondamentale, seraient désireux de rester dans la légalité jusqu'au 30 juin et auraient décidé de ne pas installer officiellement leur Gouvernement avant l'échéance de la tutelle belge et par déférence vis-à-vis du Gouvernement belge ».
C'est dans cet esprit de maintenir le Bas-Congo dans l'ensemble du Congo que deux jours plus tôt, le 11 juin 1960, l’Abako déposa à l’Assemblée provinciale de Léopoldville une liste de onze candidats sénateurs, manifestant par ce geste sa volonté de maintenir la nouvelle province dans l'ensemble congolais.
Les sénateurs furent élus, le 13 juin, par une Assemblée provinciale où siégeaient les députés Bakongo. L'Abako disposait de cinq sénateurs comme le PSA. Une suggestion de Kamitatu d'élire 28 sénateurs dont quatorze pour la 7ème pro-vince Mukongo fut rejetée par le président Paul Kakwala, étroitement lié au PSA et à l'aile Kamitatu, mais avait jugé l'idée contraire à la Loi fondamentale. Si l'Abako vînt à suspendre sa menace de faire sécession de l’ensemble Congo, il at-tendant le jour de l'Indépendance.
La sécession aurait lieu « au cas où la Consti-tuante congolaise refuserait de reconnaître le Gouvernement Bakongo et au cas aussi où les engagements pris avec d'autres partis pour la formation d’un Gou-vernement d'union nationale ne seraient pas respectés. La condition principale posée par l'Abako pour la participation à pareille formation est l'acceptation par les autres partis de M. Kasa-Vubu comme Chef d'État congolais », op. cit.
Pour maintenir la pression, l’Abako sortit un second communiqué daté du 16 juin 1960, donnant sa position à l'égard du principe de l'autonomie provinciale, de la Loi Fondamentale et du Gouvernement Mukongo. « (...) la Loi Fondamentale (..), si l'on veut qu'elle soit légale au Congo, devrait encore être revue et ratifiée par le Parlement congolais (...) jusqu'au moment où il y aura une constitution valable, c'est-à-dire, approuvée par tous les Congolais dans un référendum, chaque peuple de l’ancien Congo belge est libre, en cas de raisons d'impérieuse nécessité, soit de disposer de lui même, soit de faire du territoire de ses ancêtres ce que bon lui semblera. (…)
La Table Ronde n'ayant pas siégé en constituante, toutes les résolutions faites lors de cette conférence ne peuvent être considérées comme ayant force de loi. Elles n'engagent donc pas le peuple Mukongo aussi bien que tous les Congolais. Par conséquent, le Comité Central de l'Alliance des Bakongo reconnaît la légalité du Gouvernement de la République du Kongo Cen-tral à qui il promet son sincère appui ».
Les négociations Abako-PSA continuèrent sur l'intervention du Gouverneur de province. Le PSA offrit à ľAbako de soutenir la candidature de Joseph Kasa-Vubu comme Chef de l'État avec quatre portefeuilles ministériels. Le 23 juin, une délégation de l’Abako fut reçue par le Gouverneur de province et lui fit savoir que l’Abako exigeait cinq portefeuilles. À l'issue de négociations infructueuses, Dio-mi déclara que le Gouvernement Mukongo entrera en fonction le jour même à Léopoldville. Quant au Gouvernement PSA, il devra s'installer à Kikwit. Après cette entrevue, tout le personnel administratif des services de la province quitta le travail, répondant au mot d'ordre de Diomi.
Ce n'est que le 29 juin, en fin d'après-midi, deux jours après l’élection de Joseph Kasa-Vubu comme Chef de l'État que l’Abako et le PSA tombèrent d'accord. L'Assemblée provinciale convoquée à la hâte, élut Diomi comme Vice-Président du Gouvernement provincial, avec quatre ministres Abako. Du coup, le Gouver-nement Mukongo cessa d'exister.
Deux autres tentatives de former des Gouvernements dissidents eurent lieu dans la province de Léopoldville. Le 12 juìn, depuis Banningville (Bandundu Ville), le Comité provincial de l’Abazi, mécontent des résultats électoraux (2 élus et 21.024 voix sur 269.706 votes valables dans le district du Kwilu) et du fait qu'aucun portefeuille ne lui avait été attribué, fit part à son tour via un commu-niqué, sa volonté de constituer un Gouvernement séparé.
« Attendu que les élec-tions au Kwilu se sont déroulées d'une manière antidémocratique et furent faus-sées (photos des candidats Abazi mises en pièces, caissette Abazi disparue à Sa-la, bulletins dépouillés du scrutin Abazi versés purement et simplement dans la caissette du parti concurrent, tous les assesseurs Abazi désignés le 16 mai rem-placés le jour des élections par le président du Parti concurrent, etc.) ; attendu que cette façon de procéder empêche la détermination exacte de l'importance de notre parti dont la représentation au sein des Assemblées n'est pas proportion-née à la densité réelle de notre peuple, non négligeable ; attendu que l'autorité légale actuelle fait fi de nos revendications et réclamations; attendu que certains partis de coalition ont tendance à minimiser l'importance de notre parti ; et at-tendu que le peuple Mudzing a le droit d’exiger d’être bien représenté, tant sur le plan provinciale, que sur le plan national ; l’assemblée du comité provincial de l’Alliance des Badzing, réunie à Banningville le samedi 11 juin 1960 en présence de quelques chefs coutumiers, a décidé d’attirer sans ambages l’attention des autorités et du public sur le fait que le peuple Mudzing préconise, pour le cas où le portefeuille du Gouvernement provincial ne serait pas équitablement réparti, la formation dans un Congo fédéral d'un Gouvernement provincial Abazi sur les limites géographiques ci-après : territoire de Banningville ; territoire de Kikwit (rive droite) ; territoire de Masimanimba (régions de Mokamo et de Kitoy) ; terri-toire d'ldiofa (région Badinga, Bangoli, Banzadi)».
Le 17 juin, Belenge est désigné formateur du gouvernement de la province du Kwilu septentrional. Le 20 juin, le gouvernement est formé dont Midu est le Pré-sident. L'équipe compte 10 ministres.
Le 27 juin, les leaders Abazi firent savoir leur volonté de faire entrer le gouver-nement dissident en fonction à partir du 1er juillet. Ces intentions qui n'eurent aucune suite notamment parce que l'absence des élus Bakongo, avec lesquels s'étaient solidarisés les deux députés de l’Abazi, l'Alliance des Bayanzi, ne per-mit pas à l'assemblée de siéger valablement pour élire les membres du Gouverne-ment provincial.
L'autre tentative de démembrement de la province de Léopold-ville fut celle du RDLK, le Rassemblement Démocratique du Lac Léopold II, qui manifesta sa volonté de constituer son propre gouvernement. La composition ne fut pas connue.
Le législateur belge ayant modifié les dispositions légales qui permettaient à la minorité de paralyser le travail de l'Assemblée et d'empêcher la constitution d'un Gouvernement provincial, permit désormais l'élection d'un Gouvernement pro-vincial en présence de la majorité des membres, après deux réunions de l'Assem-blée au cours desquelles la présence des deux tiers des membres n'aurait pas été atteinte. Le 15 juin 1960, le jour même où le Sénat belge votait l'amendement sus évoqué, l'Assemblée provinciale se réunit en l’absence des élus Bakongo et ne put procéder à l'élection du Gouvernement. La liste des candidats fut clôturée sans les membres de l'Abako.
Le 18 juin, l’assemblée put se tenir avec 60 députés présents sur 99 et, en con-formité avec les nouvelles dispositions de la loi, elle procéda à l'élection du Gou-vernement provincial. Cléophas Kamitatu fut élu président du Gouvernement par 41 voix contre 19 à Antoine Gizenga. Sept ministres sur 10 furent élus (4 PSA, 1 Luka, 1 RDLK et Unibat). Trois ministères furent laissés à l'Abako. La règle de la proportionnalité était sauve mais inefficiente.
La composition définitive du Gouvernement provincial était le suivant : Kamita-tu (PSA, Président) ; Diomi (Abako, Vice-président) ; membres (dans l'ordre de l'élection) : Leta (PSA) ; Kulumba (Luka); Kalwanga (PSA); Balongi (PSA); Mombele (Unilac); Mabusa (RDLK); Tona (Abako) ; Mayembe (Abako) ; Ntete (Abako) et Vangu (Abako).
En mars 1961, les députés Abako élirent Vital Moanda comme Président de la « province du Kongo Central », et l'on installa des bureaux à Binza, faubourg de Léopoldville. Fin 1961, la rupture était totale, et les députés provinciaux de l'Abako refusèrent de continuer à siéger à l'Assemblée de ce qui avait été la province de Léopoldville.
Néanmoins, les ministres provinciaux Abako restèrent en fonction à la province de Léopoldville jusqu'à sa liquidation. Depuis, une province dénommée Kongo Central fonctionna de facto jusqu'à sa reconnaissance formelle par la loi du 14 août 1962.





