Au Kwilu, les députés exposent le très puissant DG mais postposent son sort
  • mer, 27/05/2026 - 14:19

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1663 | MARDI 12 MAI 2026.

Certainement jamais une plénière de l'Assemblée provinciale n'avait été autant suivie à Bandundu Ville, dans la province du Kwilu, à Kinshasa, par la diaspora. Jamais elle n'avait fait autant salle pleine. Il y avait même des élus qui avaient longtemps brillé par leur absence et qui s'étaient fait annoncer ce jour-là.

Signe d'enjeu majeur. Même ses frères et camarades n'en croyaient pas leurs yeux, leurs oreilles. Une histoire longtemps connue de tous mais qui ce jour-là était publiquement dénoncée. « Cela m'a glacé le sang », confie un élu. « C'est mon frère. Il est de la même circonscription électorale que moi. Il est d'Idiofa.

Mais ce que j'ai entendu dans la salle, et que je soupçonnais, est inacceptable. Pensons d'abord Kwilu. Pensons Peuple kwilois. Avec cette gestion chaotique d'une régie financière existentielle, il n'y a aucune chance de conduire la province dans la bonne direction».

En prenant ses fonctions le 9 juin 2025, à Bandundu Ville, à la tête de la DGREK, la Direction Générale des Recettes du Kwilu, Égide Wawende Waki, l'ancien député provincial nommé Directeur général en succédant à Jean Lundenge Lumpora, avait fait rêver lors de la cérémonie de remise et reprise placée sous la présidence de l’inspecteur général de la territoriale.

Si Jean Lundenge Lumpora avait salué le travail accompli en invitant son successeur à poursuivre les réformes engagées, Égide Wawende Waki a assuré qu'il s'engageait à lutter contre le détournement de fonds publics et qu'il travaillerait à maximiser les recettes pour le développement du Kwilu.

Que n'a-t-on pas entendu ce jour-là de la bouche du Député PA (Parti pour l'Action)-AAAP (Alliance des Acteurs Attachés au Peuple) Yerkis Muzama Muzinga?

Invoquant le Règlement Intérieur de l’Assemblée provinciale, particulièrement les art. 165, 166, 167, 168, 169, 170, 171 et 172, de même que «le devoir de redevabilité», Yerkis Muzama Muzinga a interrogé son ancien collègue Égide Wawende Waki l'invitant à ce qu'il s'explique devant la représentation provinciale et réponde à vingt-cinq questions.

25 QUESTIONS QUI GLACENT LE SANG.
Les vingt-cinq questions qui glacent le sang des observateurs, «ternissent l’image de la province», en commençant par l’Assemblée provinciale d’où est issu l'ancien Député de la circonscription d'Idiofa, Égide Wawende Waki ?

◗ 1. Pourquoi les recettes des grandes entreprises de la province (BraCongo, Vodacom, Airtel, Africell, Orange, SEP-Congo, Snél, Régideso, Afrifood, etc.) sont-elles perçues par «Maboko Banque», en clair, par des individus et, du coup, non traçables, logées à un compte de fonctionnement de la DGREK et non au compte officiel de la DGREK ?
◗ 2. Pourquoi les taxes, dans les villes de Kikwit, de Bandundu et dans nombre d’autres centres commerciaux, se paient avec une quittance manuelle au lieu que cela se fasse par la banque?
◗ 3. Quelles dispositions légales qui autorisent le D-G de la DGREK à recourir au système M-Pesa via son numéro personnel et celui de son comptable pour la collecte des recettes publiques ?
◗ 4. Quelles garanties de traçabilité et de sécurisation a-t-il mises en place?
◗ 5. Comment ces fonds collectés via M-Pesa sont repartis entre les«composantes de la Troïka», à savoir, l’Assemblée provinciale, le Gouvernement provincial et la DGREK ?
◗ 6. Quels pourcentages reviennent à chacune de ces composantes ?
◗ 7. Quelle est la base légale de la prime de contentieux accordée aux viseurs internes ou externes ? (Ici, le Député réclame la décision reprenant la clé de répartition) ;
◗ 8. Comment expliquer que le Directeur Général de la DGREK ait notifié des nominations à certains agents sans aucune base légale, à savoir un acte de nomination par arrêté du Gouverneur ?
◗ 9. Le Directeur Général de la DGREK a-t-il une vision à moyen terme qui permettrait une gestion efficace, transparente de la DGREK ainsi que la bonne gouvernance prônée par le pays ?
◗ 10. Dans le cadre de cette vision, a-t-il des objectifs chiffrés à présenter à l'Assemblée provinciale ?
◗ 11. Depuis sa prise de fonction, a-t-il entrepris des reformes concrètes au plan administratif, financier, fiscal, comptable et des infrastructures ?
◗ 12. Quelles sont les réformes qui ont réellement produit des résultats mesurables ?
◗ 13. Le Directeur Général de la DGREK dispose-t-il d'un barème salarial des agents et cadres de la DGREK ?
◗ 14. Si oui, peut-il le présenter à l'Assemblée provinciale ;
◗ 15. Comment justifier les écarts de rémunération entre le Directeur Général, le Directeur Général Adjoint et d'autres directeurs et agents ?
◗ 16. Sur l’enveloppe allouée à la DGREK, quel pourcentage est consacré à la paie et aux autres charges ?
◗ 17. Cette répartition est-elle soutenable à long terme ?
◗ 18. Le DG peut-il éclairer les élus sur une mission effectuée par lui à Loange ?
◗ 19. Quel était l’ordre de mission qui avait permis cette mission, signé par quelle autorité ?
◗ 20. Combien de réunions de travail le DG a-t-il déjà eues avec le Gouverneur et le ministre des Finances ?
◗ 21. Peut-il en transmettre à la plénière les procès-verbaux correspondants?
◗ 22. Peut-il présenter à l’Assemblée la situation détaillée des recettes de juillet 2025 à mars 2026, les impôts, les taxes, redevances et autres droits?
◗ 23. Quelles sont les entités les plus performants et pourquoi ?
◗ 24. Sur les écarts de paie de la DGREK, ceux-ci sont-ils encadrés par un texte légal ? (Des preuves documentées indiquent des revenus mensuels ci-après : D-G : 3.500.000 CDF (prime 500.000 CDF), soit 4.000.000 CDF ; D-GA :
2.500.000 CDF (prime 500.000 CDF), soit 3.000.000 CDF/mois; Directeur : 500.000 CDF/mois (sans prime), soit 500.000 CDF/mois ; Chef de division: 300.000 CDF/mois (sans prime), soit 300.000 CDF/mois ; Inspecteur : 250.000 CDF/mois (sans prime), soit 250.000 CDF/mois.
◗ 25. Si l’arrêté du Gouverneur institue les mêmes grades aux inspecteurs de la DGREK et aux chefs de division, comment justifier une «incapacité à lire et à appliquer les textes réglementaires»?

Selon des enquêtes, plusieurs agents de la DGREK font état de pratiques du tribalisme, de népotisme et d'égoïsme dans le chef du Directeur Général. Celui-ci favoriserait des inspecteurs de son axe, ceux de la ville de Kikwit, où sont repris «ses enfants, nièces, cousins, amis». Au total, le D-G de la DGREK Égide Wawende Waki est soupçonné de «pillage de recettes provinciales en toute impunité». Face à cette épreuve, va-t-il s'en sortir sain et sauf ?

COMMENT SAUVER LA PROVINCE ?
Face à ce scandale financier - du « siècle » certainement -, comment préserver la province, préserver l'image, préserver la cohésion ? Que faut-il sacrifier ? Que faut-il sauver ? Comment l'Assemblée provinciale veut atterrir dans ce débat sans trop de dégâts?

Si une grande majorité de députés réclame la sanction - la sortie de Wawende Waki de la DGREK - il existe dans tout débat des aspects que nul ne peut ignorer dans un jugement.

En l'espèce, le Directeur Général de la DGREK, originaire du territoire (circonscription électorale) d'Idiofa, comment son départ sera-t-il vécu par une population facile à manipuler politiquement ? Dénoncé par un député du territoire (circonscription électorale) de Masimanimba, la suite sera-t-elle facile à gérer?

Faut-il craindre un conflit, un affrontement entre deux territoires (circonscriptions)? La question est vue et revue. Certains ne cachent pas une crainte.
Doit-on ouvrir la boîte de Pandore, la jarre interdite qui libérerait tous les maux de la province au point de la mettre en danger ? Si oui, comment ?

Le député PA-AAAP est-il prêt à porter seul le chapeau ? Ne faut-il pas poser les questions et laisser la « communauté» - le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif, l'électeur souverain primaire à l'heure du choix - décider par consensus?
Au moment où Le Soft International couche ces lignes, toutes les options sont sur la table mais nul ne sait ce que les députés du Kwilu allaient décider, eux qui ont tant respecté la tenue d'une procédure démocratique, ce que le président de l’Assemblée provinciale, Me Claude Kumpel Mpasi pense - motion incidentielle suspensive? motion de défiance ?

- ce que pense le gouverneur de province, le Dr. Philippe Akamituka Ndolo, l'homme dont le pouvoir discrétionnaire avait conduit à la désignation d'Égide Wawende Waki à la tête de la DGREK, ce que Égide Wawende Waki lui-même pense de cette «corde au cou» qu'il porte et qu'il va traîner longtemps, selon l'expression du député Paulin Kiyankayi, lui-même originaire d'Idiofa.

À ce qu'on en dit, à l'heure d'aller sous presses, le député Yerkis Muzama Muzinga n'aurait pas été satisfait des réponses données par Égide Wawende - on cite le cas avéré du fils du Directeur Général embauché comme inspecteur au poste de Kikwit, son salaire dépasse celui de son supérieur, le chef de centre - mais Yerkis Muzama Muzinga dit avoir fait sa part sans nullement chercher à tirer un profit personnel de sa démarche.

Il ne veut pas s'inscrire sur la liste de « ces Congolais qui passent leur temps à se trahir, à se haïr, à se jalouser, à s'entre-tuer, chacun voulant prendre la place de l'autre», comme l'écrit le professeur Jean-Paul Yaidi Mayinzambi, dans son ouvrage Le procès de la Société congolaise, Kinshasa-Wavre-Brxelles, 2017, 200 pages. Il veut laisse la parole aux autres.
D. DADEI.


Related Posts

About author

Portrait de D. DADEI