La fibre optique fait désordre
  • mer, 27/05/2026 - 14:59

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1664 | MERCREDI 27 MAI 2026.

Pas encore de retombées financières, près de deux ans après la signature d’un MOU entre l'Agence de pilotage, de coordination et de suivi des conventions de collaboration (APCSC), service de la primature et la Société congolaise de fibre optique (Socof-SA) portant sur l'implantation d'une fibre optique sur chaque artère d'une capitale Kinshasa «réhabilitée ou reconstruite» (l'accord du 26 juin 2024).

« Nous sommes la compagnie qui va permettre au pays d'avoir un véritable ré-seau de fibre optique et par conséquent, d'être au cœur du développement numé-rique prôné par le Chef de l'État depuis son premier mandat », avait déclaré Prosper Mpeye, le D-G de Socof-SA. La société n’est d’aucun apport au budget de l’État.

Pis, Socof-SA n'est pas sur la liste des entreprises publiques ou d’économie mixte citées dans le projet de loi financière annuelle. Dire qu'à sa création le 9 novembre 2016, elle fut créditée par l’État Actionnaire unique d’un capital social de 1.076.201.21 $US pour gérer la fibre optique en lieu et place de l’Ocpt SA, l'Office congolais des postes et télécommunications qui, pour l’exercice 2026, devrait rapporter à l’État 36.000$US à titre de dividende. À Muanda, sur les bords de l'Océan Atlantique, où, un 8 juillet 2013, le prof.

Tryphon Kin-kiey Mulumba, ministre des Postes, Télécommunications et Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communications, PTNTIC, avait réussi à connecter le pays à la fibre, après un speech passé dans l'histoire pour ses néolo-gismes type «homosmartophonicus», la gestion du point d’atterrage est devenue complexe. Plutôt que la Socof-SA, c’est Fiber Access Service Technology Congo (Fast Congo) qui commande.

MUSK S'EN MÊLE.
Selon des sources, en 2022, Augustin Kibassa Maliba et Adèle Kahinda Mayina, ministres respectivement des PTNTIC et du Portefeuille avaient signé avec Fast Congo, un contrat d’affermage (le contractant appelé fermier gère un service pu-blic à sa guise contre une rémunération des usagers dont il reverse une partie à l’entreprise publique). Contours financiers jamais été divulgués.

Parmi les actifs cédés par Socof S-A, il y a 620 kms de fibre optique qui relie le point d’atterrage de Muanda à la Capitale avec une offre orientée vers les opérateurs, les fournis-seurs d’accès Internet et les carriers. Fast Congo serait une filiale de Paratus, une firme créée en Angola, installée en Namibie, dont le D-G est l'ancien joueur de rugby sud-africain Schalk Erasmus et le président exécutif Barney Harmse, sud-africain aussi vivant en Namibie.

Sa filiale Fast Congo (co-entreprise du groupe au Congo) a comme D-G Gaetan Soltesz, un Français qui a passé toute sa vie au Gabon. Outre Fast Congo, il y a à Muanda un autre opérateur, Mawezi RDC installé en septembre 2023. Une co-entreprise créée par les opérateurs cellulaire, Orange RDC et Airtel RDC.

Nawezi RDC est chargée de la construction, de la maintenance et de l'exploitation de la station d'atterrage international en mode «accès ouvert» (open access), qui permet à d'autres opérateurs de bénéficier de la connectivité.
Combien l’État a gagné dans ce puzzle troublant? Peut-être le saura-t-on quand une question orale avec débat sera initiée par un député.

Des sources Ocpt SA annoncent un autre opérateur étranger dans cette fibre. C'est l’Angolais InfraSat. Début avril 2026, le président de son conseil d’administration, Diego de Carvalho, a indiqué que le deal avait été ficelé avec le ministre congolais de l’Économie numérique, Augustin Kibassa Maliba.

Infrasat est une filiale de l’entreprise publique Angola Telecom. Elle est spéciali-sée dans la transmission des données Internet haut débit et les solutions de connectivité pour les zones isolées. Infrasat s’appuie principalement sur des technologies satellitaires pour étendre la couverture numérique dans ces milieux enclavés, un segment encore insuffisamment desservi.

La firme envisage de lan-cer en 2026 des activités techniques au Congo, avec un positionnement axé sur les infrastructures et les services de connectivité, notamment dans les zones à faible couverture.

Selon des experts, InfraSat cible des zones dont la loi n°20/017 du 25 no-vembre 2020 qui modifie la loi d’octobre 2002 réserve au futur «établissement public chargé de promouvoir les télécoms et les TIC dans les zones rurales et péri-urbaines ».

Et cet établissement doit être financé par un fonds dit de «service universel du secteur des télécommunications et des technologies de l’information et de la communication» résultant d’un prélèvement de 3% du chiffre d’affaires des opérateurs du secteur dont Vodacom, Airtel, Orange, Afri-cell, etc.

En fait, c'est depuis 25 ans qu'un tel projet n’a intéressé aucun gouver-nement à Kinshasa. Sous Augustin Matata Ponyo, ce projet émanant des années Louis Alphonse Koyagialo Ngbase te Gerengbo, avait été repris et amélioré par Tryphon Kin-kiey Mulumba, qui avait repris la main aux PTNTIC.

Présenté plusieurs fois à des réunions de la cellule du secteur productif, il n'avait jamais été approuvé par le premier ministre. Et, les experts du gouvernement n’en ont pas fait mention aux derniers États généraux des PTNTIC.
Voilà qu’arrive ce que certains experts de l’Ocpt-SA redoutaient, à savoir, le pro-jet susceptible d’enterrer définitivement les entités publiques du secteur des télé-coms.

Une année après avoir obtenu l’autorisation d'exploiter le marché congo-lais, Starlink du milliardaire américain Elon Musk, veut attirer Africell, Voda-com et Airtel dans son giron Internet. Le D-G d’Africell RDC, Kory Webster a dé-claré à Semafor, un site américain d'actualités fondé en 2022 par Ben Smith, que son entreprise poursuivait des discussions actives avec Starlink pour un partena-riat opérationnel.

Un cadre de Vodacom, cité par le même média a indiqué que l’opérateur étudiait une collaboration satellitaire, présentée comme une solution complémentaire pour renforcer la couverture dans les zones rurales et enclavées. Quand Airtel RDC a été charrié dans l’accord liant sa maison-mère, Airtel Africa et SpaceX, entreprise siamoise de Starlink, toutes les deux propriétés d'Elon Musk.

Selon des experts, le réseau Starlink pourrait être utilisé pour relier les an-tennes-relais (BTS) situées dans les zones isolées au cœur des réseaux des opé-rateurs, là où transitent les communications et les données (voix, Internet, etc.).

Cette solution représente une alternative moins coûteuse, en termes d’équipement et de déploiement que la technologie VSAT actuellement utilisée. Un partenariat avec Starlink permettrait aux opérateurs de renforcer leur couver-ture tout en améliorant leurs performances commerciales et financières.

Il n’y a que la française Orange qui résiste à Elon Musk. Longtemps, le Congo avait refusé d’accorder la moindre licence à Starlink. Elon Musk avait alors été présenté comme trop favorable au Rwandais Paul Kagame.
POLD LEVI KALOMBO.


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