- mer, 27/05/2026 - 13:22
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1663 | MARDI 12 MAI 2026.
Un tour à Kinshasa paraît indispensable dans le dénouement du procès des propriétés de luxe qui oppose le cartel d’avocats new-yorkais FG Hemisphere au frère adoptif de Joseph Kabila Kabange, Francis Selemani Mtwale, certainement d’origine tanzanienne, devant United States District Court du District de Maryland.
Avant son entrée en fonction et à l'expiration de ses fonctions, le président de la République, stipule la Constitution, art. 99, est doit déposer, devant la Cour constitutionnelle, la déclaration écrite de son patrimoine familial, énumérant les biens meubles, y compris actions, parts sociales, obligations, autres valeurs, comptes en banque, les biens immeubles, y compris terrains non bâtis, forêts, plantations et terres agricoles, mines et tous autres immeubles, avec indication des titres pertinents.
Le patrimoine familial inclut les biens du conjoint selon le régime matrimonial, des enfants mineurs et des enfants, même majeurs, à charge du couple. Les personnes adoptées y comprises. Déclaration à communi-quer à l'administration fiscale, la DGRAD, la Direction Générale des Recettes Administratives, Judiciaires, Domaniales et de Participation.
Jamais, lors de ses deux mandats, à l’entrée ou à la sortie de la présidence de la République, Joseph Kabila Kabange n’avait fait cette déclaration devant la haute cour. «Raïs China Rambo», expert à peu m’importe !, recteur de l’Université de «Kara» - indifférence absolue -, comme continuaient à le louanger ses partisans, se considérait toujours comme dépositaire des pouvoirs publics et de l’effectivité du pouvoir au Congo, même après « la remise et reprise civilisée». Voulait-il tourner en dérision son successeur ?
Un jour, lors de la toute première invitation de Tshisekedi, Joseph Kabila Kabange s'est présenté en tenue de camouflage en style safari, très prisé, dans des tribus Lubas, lors de la remise de la dot. Il tenait le volant d’un teuf-teuf, une vieille Mercedès dont la dernière année de production devrait remonter au début des années 80, un véhicule qualifié comme par moquerie et dérision de «Tatou», papa en Ciluba tant les diamantaires kasaïens s’en amourachaient.
Un célèbre négociant du diamant que le Tout Puissant OK Jazz de Luambo arro-sait de dithyrambes dans ses concerts, appelait son «Tatou» Concorde et soute-nait qu’il pouvait prendre son envol sur la piste de Bipemba si l’on dégageait de cet aéroport de Mbuji-Mayi de tous les aéronefs.
Mais, aucun Congolais, fût-il chef de l’État, n’est au-dessus de la loi fondamentale. Et l’art. 99 de ce texte poursuit que, faute de déclaration sur son patrimoine, dans les trente jours sui-vant la fin des fonctions, et surtout en cas de déclaration frauduleuse ou de soupçon d'enrichissement sans cause, la Cour constitutionnelle serait saisie en vue des poursuites contre le Président honoraire.
BGFIBANK RDC.
Seul le président de la Cour constitutionnelle, Dieudonné Kamuleta Badibanga, à défaut le D-G de la DGRAD, Étienne Utshudi Lutula, est à même d’éclairer le tribunal fédéral de Maryland sur les biens immeubles de Joseph Kabila Kabange.
Condamné par la Haute cour militaire, par défaut ou contumace, le 30 sep-tembre 2025, non seulement à la peine de mort sans circonstances atténuantes mais aussi au paiement des dommages et intérêts de 33 milliards de $US dont 29 milliards pour la partie civile, le Congo et 2 milliards pour les provinces du Nord et du Sud-Kivu, les biens immobiliers de Joseph Kabila auraient dû être saisis par l’État congolais…plutôt que par un fonds vautour.
FG Hemisphere As-sociates, un fonds d'investissements new-yorkais, en réalité un fonds vautour, structure spécialisée dans la reprise à bas prix des entreprises en difficulté qu’elle revend à un coût plus élevé ou encore rachète des à bas prix des créances an-ciennes (dettes) que des tiers détiennent sur des États ou des entreprises qu’il réclame ensuite avec gros intérêts.
FG Hemisphere accuse Joseph Kabila de s’être servi du Balanne Family Living Trust, en fait un mécanisme de planification successorale qui contourne la voie judiciaire, géré par Aneth Michael Lutale, l’épouse de Francis Selemani Mtwale pour camoufler l’identité réelle de ses propriétés, 17 au total, aux États-Unis, selon l’acte d’accusation. Kabila aurait détourné au bas mot 6,6 millions de $US des fonds publics congolais, via la tristement célèbre banque gabonaise BGFIBank RDC.
Dans l’enquête Congo Hold Up, il est démontré comment Francis Selemani Mtwale a été le cerveau moteur des péculats opérés par le clan Kabila. Dans le comté de Montgomery, dans le Maryland, quatre propriétés de luxe d’une valeur cumulée de 4,15 millions de $US font l’objet de menace de saisie. Francis Sele-mani Mtwale en revendique la propriété, sans convaincre.
Seul bémol, l’accusateur pourrait se retrouver dans le box des accusés. Le fonds vautour new-yorkais n’est pas à sa première tentative de gagner de l’argent sur le Congo. Il y a près d’une quinzaine d’années, FG Hemisphere avait tenté, sans succès, de saisir des comptes de la Snél SA au motif d’une dette contractée par l’ancien Zaïre auprès de la société serbe EnergoInvest pour la construction du barrage de Mobayi-Mbongo, dans le Nord-Ubangi.
Le fonds vautour s’en est pris ensuite à la Gécamines en visant des paiements prévus par des partenaires dont le Chinois CREC. Le tout-puissant PCA de la Gécamine, Albert Yuma Mulimbi se vantera d’avoir plumé le fonds vautour mais en réalité la Gécamines avait bénéfi-cié de l’assistance de la Facilité Africaine de Soutien Juridique,ALSF, un organe de la BAD, la Banque Africaine de développement.
Après quatre ans de combat judiciaire, FG Hemisphere a été débouté en 2011 par la Cour suprême de Hong Kong puis, en juillet 2012, par la plus haute juridiction de Jersey, paradis fiscal dépendant du Royaume-Uni. La Gécamines a ainsi obtenu la levée de saisies de ses 198 millions d’euros.
FG Hemisphere est donc revenu sur la prétendue dette de la Snél SA, 30 millions de $US, DI compris.
Le fonds vautour accuse le clan Kabila d'avoir acheté ces biens immobiliers, entre 2015 et 2018, avec des fonds détournés de l'État congolais, à travers l’entreprise Sud-Oil dont une maison de quatre chambres achetée en avril 2015 pour environ 670. 000 $US à Rockville, deux maisons de ville de luxe (townhouses) à Bethesda (Grosvenor Heights) et deux autres villas achetées à près de 1.225.000 de $US et 885.000 de $US. Le tribunal fédéral de Maryland a gelé la propriété de ces biens immeubles dans l'attente d'une décision définitive sur l'origine des fonds.
L’implication de la Cour constitutionnelle pourrait tour-ner l’affaire au bénéfice du Congo.
POLD LEVI MAWEJA.





