- lun, 17/08/2026 - 20:12
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1672 | LUNDI 17 AOÛT 2026.
Le gouvernement a prévenu les opérateurs miniers et les coopératives des creuseurs par un arrêté interministériel (n°009/VPM/CAB.MIN/ECO.NAT/2026, n°00393/CAB.MIN /MINES/01./2026 et n°023/CAB.MIN/COM.EXT/2026 daté du 29 juin 2026 portant règlementation de la commercialisation de l’exportation et nomenclature des produits miniers marchands) qu’à dater du 29 septembre, le pays peut interdire l’exportation de certains produits marchands dont les terres rares, pour toute raison notamment pour non-conformité avec la politique économique du gouvernement.
Une dérogation reste possible. Pour certains produits miniers, la base de calcul de la valeur commerciale brute applicable notamment aux terres rares sera établie à partir du produit de la teneur mesurée de la substance minérale, le tonnage, le cours (prix) de la substance sur le marché mondial et le taux de taxation de 55% !
Bien curieux qu'à Kinshasa où tout est connu, cet arrêté interministériel ait pourtant longtemps échappé à la toile, et ne figure pas encore dans les colonnes du journal officiel. Question délicate.
LA BCC N'EN DIT MOT.
Dans ses derniers Bulletins mensuels d’informations statistiques et ses Notes de Conjoncture hebdomadaires, la Banque Centrale du Congo, BCC, ne retrace que cuivre, cobalt, zinc, plomb, diamant industriel et artisanal, or brut, cassitérite (coltan, tantale, étain, les 3T), germanium, wolframite ou tungstène. RAS sur les terres rares alors que l’arrêté précité en énumère une quinzaine tels le samarium dont les cours mondiaux, au 12 août 2026, oscillaient autour de 12 $US/kilo.
Le samarium (Sm), extrêmement résistant à la chaleur et à la démagnétisation est utilisé aussi dans les réacteurs nucléaires, l'optique infrarouge et la médecine. Le Congo produit aussi l’europium, terre rare principalement utilisé comme luminophore pour produire une fluorescence rouge ou bleue dans l'éclairage, les écrans et dans les encres fluorescentes pour la sécurité des billets de banque. Apparemment, tout se déciderait plutôt à Pékin.
Le MofCom, ministère de l’Économie chinois, venait d'annoncer des restrictions de grande ampleur sur l’exportation de terres rares et d’autres matériaux critiques, notamment pour les batteries. Pékin a instauré un critère d'extraterritorialité pour contrôler l'exportation de biens intégrant des terres rares ou des aimants chinois, même s'ils sont produits à l'étranger.
Sur la liste déjà longue des matières premières déjà visées par les restrictions d’importation (le germanium, le gallium, l’antimoine, le tungstène, le molybdène, l’indium, le tellure et le bismuth, le samarium, le gadolinium, le terbium, le dysprosium, le lutetium, le scandium, et l’yttrium et les aimants permanents qu’elles permettent de produire ou encore les matériaux de batteries lithium-fer-phosphate (LFP) et les technologies de raffinage du lithium), la Chine a ajouté cinq nouvelles terres rares, l’holmium, l’erbium, le thulium, l’europium et l’ytterbium.
Depuis le 1er décembre 2025, tout produit incluant des terres rares précitées ou des aimants permanents produits en Chine ou fabriqués avec des technologies ou des machines chinoises, est soumis à l’obtention de permis d’exportation, même si ces derniers ne représentent que 0,1% de la valeur finale du bien. Presque toute la gamme des terres rares et autres minerais stratégiques ou critiques ci-haut énumérés, la Chine ne les a qu'au Congo. Curieusement, jamais, la BCC n’a repris l’une ou l’autre terre rare parmi les produits exportés par le Congo.
Selon Benchmark Mineral, la Chine contrôlait, fin 2025, plus de 69% de l’extraction de minerai de terres rares dans le monde, 91% de leur raffinage et 94% de la production d’aimants permanents. Dans les batteries, la Chine dispose d'un quasi-monopole (98%) sur la production du graphite artificiel assez performant pour produire des anodes. En outre, il n’y a quasiment pas de raffinage de terres rares lourdes hors de Chine. Pékin tient à avoir le contrôle de l’utilisateur final de ses exportations. La Chine veut récolter des informations sur l’usage des produits et des technologies qu’elle vend, et prend le droit de restreindre ses ventes en fonction de cela.
Le cabinet spécialisé Adamas Intelligence indique que la limitation de l’exportation de sept terres rares lourdes et des aimants permanents avait déjà engendré, début 2026, une agitation intense dans les industries européennes, surtout automobiles et des arrêts de production, par endroits. Après les jérémiades et lamentations accompagnées des lettres dithyrambiques envers Xi Jinping, les 27 ont pu recevoir quelques permis pour souffler un peu.
VENT DE RÉSISTANCE.
Mais la crise des terres rares couve toujours car les procédures administratives chinoises sont lourdes, génératrices de délais et d'incertitudes, même si des permis sont attribués. D’après le cabinet Oxford, les terres rares ciblées par la Chine entrent dans les applications concernant les armes, le nucléaire, la médecine et surtout l’Intelligence Artificielle, IA/AI. Un vent de résistance à la position monopolistique chinoise menée par Washington fait des avancées significatives.
Pour freiner l’avancée de la Chine dans l’IA/AI, les États-Unis limitent l’envoi de puces et semi-conducteurs avancés. L’Australie, le Brésil et l’Estonie s’y préparent aussi, alors qu’aux États-Unis, la société MP Materials (MPM) dont le Pentagone est devenu actionnaire majoritaire, qui a investi 400 millions $US dans l’entreprise et instauré un prix plancher pour les terres rares.
La firme MPM est souvent citée dans le deal minerais stratégiques contre sécurité convenu entre Washington et Kinshasa. Autre terre rare devenue rarissime mais disponible au Congo, l’holmium qui sert à la fabrication d’aimants ultra-puissants dès lors qu'il possède la plus forte susceptibilité magnétique de tous les éléments naturels. L’holmium est aussi la composante essentielle de barres de contrôle pour réacteurs nucléaires ou encore des lasers ultra-précis pour des interventions chirurgicales délicates comme les calculs rénaux.
POLD LEVI MAWEJA.





