Au Katanga, les minings veulent lâcher la Snél-SA
  • lun, 19/10/2026 - 11:30

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1679 | LUNDI 19 OCTOBRE 2026.

Dans le Grand Katanga, les miniers exigent des comptes au Directeur Général de la Snél SA, la Société nationale d'électricité. Plus de 1,5 milliard de $US versés, la desserte s’est détériorée.

Se désengager de la Snél SA permet de plus produire et rapporte mieux. Située sur la ceinture de cuivre et de cobalt du Lualaba, mine à très haute teneur en cuivre de classe mondiale et en cobalt avec des gisements proches de la surface, Kamoa-Kakula Copper, présentant un potentiel considérable d'expansion des ressources au moyen d'une exploration plus poussée, en a fait la démonstration.

Le géant minier a réalisé 800 millions de $US de chiffre d’affaires avec 135.745 tonnes de cuivre produit au 30 juillet 2026, et a encore mieux fait au 30 septembre 2026, avec 212.146 tonnes de métal rouge, grâce à sa politique énergétique désormais orientée vers le solaire, rassure le coactionnaire majoritaire de ce projet minier, Ivanhoe Mines, une entreprise minière canadienne fondée par Robert Friedland en 1993, spécialisée dans l'exploration et le développement de gisements de métaux critiques.

Même la consommation de diesel des groupes électrogènes a diminué de 40 % en septembre par rapport à juillet, à la suite de la montée en puissance des installations solaires.
Ivanhoe Mines indique que cette consommation devrait encore baisser au quatrième trimestre 2026, à mesure que l’approvisionnement solaire contribuera davantage aux opérations du complexe minier.

Le projet minier, fruit du partenariat entre Ivanhoe, le groupe chinois Zijin Mining disposant de 39,6% des parts chacun, le Congo 20% ainsi que Crystal River Global Ltd avec 0,8%, dispose d’une installation solaire photovoltaïque d’une puissance de pointe de 433 MW et à un système de batteries de 1 107 MWh, qui permettent de stabiliser l’approvisionnement sur 24 heures.

Il y a cinq ans, la Fédération des entreprises du Congo, FEC, section Grand-Katanga, recommandait à la Snél-SA de résorber son déficit énergétique vis-à-vis des opérateurs miniers du Grand Katanga de peur que ses insuffisances dans la fourniture de l’électricité n’entraînent un manque à gagner de plus de 20 milliards $US pour les opérateurs miniers, à l’horizon 2025. Hélas, le scénario redouté tend à se réaliser.

Rien à faire, Ivanhoe Mines compte poursuivre son dispositif qui constitue la plus grande installation hybride solaire avec batteries déployée sur un site minier en Afrique.
Kamoa-Kakula prévoit désormais de doubler cette capacité hybride sur site pour atteindre 120 MW de puissance continue dans les 18 prochains mois.

Cette montée en puissance intervient alors que les besoins électriques du complexe devraient augmenter avec le développement de ses activités minières et industrielles. Selon des projections d’Ivanhoe Mines, la demande totale d’électricité de Kamoa-Kakula Copper pourrait atteindre 347 MW en décembre 2028, contre 208 MW en décembre 2025… alors que la Snél-SA ne donne aucun signal de stabilité dans la desserte de l’électricité.

DES MINING EXIGENT DES COMPTES.
La récente visite du Directeur Général de la Snél-SA, Teddy Muba Lwamba, un ingénieur électromécanicien, au Lualaba et dans le Haut-Katanga, a été marquée par le mécontentement ouvert des opérateurs miniers face au déficit énergétique qui «s’est banalisé», pour reprendre l’expression d’un sous-traitant minier.

La Chambre des Mines de la FEC rappelé à Teddy Muba Lwamba que les entreprises minières ont investi plus de 1,5 milliard de $US pour la réhabilitation et le financement des infrastructures électriques de la Snél-SA. Mais l’entreprise publique qui détient encore le quasi-monopole dans le secteur de l’électrique malgré l’entrée en vigueur de la loi sur la libéralisation voilà douze ans, n’a pas tenu à ses engagements.

Le patronat demande le respect des engagements conclus avec les opérateurs, dont certains restent, selon elle, sans pleine exécution. «Nous avons investi plus de 1,5 milliard $US dans les infrastructures de la Snél-SA, dans la réhabilitation et le financement des infrastructures énergétiques nationales», a soutenu le chargé de questions énergétiques de la FEC-Mines. La Chambre des mines a cependant déploré le décalage criant entre les contributions des entreprises et l’exécution des accords conclus avec la société publique.

«Plusieurs engagements de cet accord conclu avec la Snél-SA et les partenaires miniers n’ont pas toujours été respectés (…) Nous souhaiterions quand même qu’on nous accorde la parole en tant que partenaires», s’est emporté Kassongo Bin Nassor, le président de la FEC-Mines, ancien Conseiller Principal en charge des dossiers spéciaux à Tenke Fungurume Mining, expert reconnu en gouvernance minière, relations gouvernementales et développement durable.

En d’autres termes, Teddy Muba Lwamba n’en ferait qu’à sa tête. Réagissant aux plaintes et coups de gueule des opérateurs miniers du Lualaba et du Haut-Katanga, le Teddy Lwamba n’a pas trouvé mieux à dire sinon le fait que son emprise fait face à des limites et les capacités disponibles ne permettent pas de satisfaire l’ensemble des besoins industriels et domestiques.

«Aujourd’hui, nous avons atteint un point de saturation en termes d’importation», a-t-il affirmé. La Snél-SA n’a donc plus rien à vous servir, débrouillez-vous! Voilà qu’il se met à pleuvoir abondamment, l’étiage donc la baisse niveau d’eau qui a longtemps servi d’alibi à Teddy Muba Lwamba pourrait vite se muer, devant l’opinion publique, en un aveu d’incompétence.
POLD LEVI MAWEJA.


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