- lun, 08/06/2026 - 12:06
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1665 | LUNDI 8 JUIN 2026.
Mobutu en voulait-il tant à la ville de Mbuji-Mayi et, généralement, aux Kasaïens ? Ces dernières années, on entend souvent cela auprès des originaires de l'espace kasaïen et, surtout, lorsqu'on a visité la capitale de la province du Kasaï Oriental et qu'on en fait un constat amer.
Comment expliquer que Mbuji-Mayi qui, hier, s'appelait « la Capitale du diamant » ne se soit pas développée en infrastructures avec ses 15,6% de diamants bruts produits à l'échelle mondiale longtemps exploités certes par la firme sud-africaine De Beers Consolidated Mines Ltd?
Comment expliquer que le Botswana (capitale Gaborone), certes deuxième pays producteur mondial de diamants après la Russie avec près de 20% de la production mondiale (30 millions de carat produits par an) affiche des chiffres économiques époustouflants ?
POURQUOI N'AVOIR PAS TIRÉ PROFIT?
Si le budget du Botswana était en 2025 de 7,3 milliards de $US pour un pays qui a une population de 2,5 millions d'habitants en 2022 quand la ville de Kinshasa compte 17,8 millions de personnes, le Botswana, pays enclavé au cœur de l'Afrique australe cité, dans une autre vie, comme l'une des nations les plus pauvres du monde, a désormais une économie et les conditions de vie de ses habitants plus qu'améliorées grâce principalement à une gestion avisée de ses ressources diamantifères.
Le Botswana fait désormais partie des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. Les secteurs de base - infrastructures de transport, l'énergie, l'eau potable, le numérique (dans les zones rurales), les réseaux d'assainissement, les corridors logistiques, la modernisation des aéroports internationaux comme celui de Gaborone, le développement des pôles technologiques, etc., servent d'exemple pour d'autres pays du continent.
Pourquoi le Kasaï et sa ville de référence Mbuji-Mayi n'ont jamais su à ce jour tirer profit de leurs minerais comme le Botswana et d'autres pays l'ont fait ? Mobutu serait-il à la base de cette absence de développement de la ville et de l'espace kasaïen ?
Ses conflits politiques éternels avec son ex-ami devenu son opposant historique Étienne Tshisekedi wa Mulumba l'auraient-ils poussé à décourager l'élite locale à investir chez elle sauf si elle voulait faire face à des problèmes politiques? Apeurée, l'élite kasaïenne se serait-elle ainsi tournée vers d'autres provinces, par exemple de l'ouest, à Kinshasa ou du sud-est, le Katanga? Certains membres de cette élite auraient-ils ainsi résolu d'aller investir à l'étranger, en Belgique ou aux États-Unis ?
Reste qu'aujourd'hui ce n'est plus comme hier. Mbuji-Mayi n'offre plus au visiteur le visage d'hier. Alors que l'ancienne « Capitale du diamant» menaçait de disparaître de la surface terre avec des érosions qui l'enfonçaient, depuis peu, les Mbujimaiens respirent. Avec Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo à la tête du pays, près de 90 kms de voies de circulation urbaines ont été réhabilitées ou reconstruites mais attendent les véhicules pour les emprunter.
Le cas de l'école catholique des pères jésuites Kalenda Mudishi où le président de la République a fait ses premières classes. Avec ses bâtiments en étage, ses salles de classe multipliées, ses salles polyvalentes, ses toilettes, elle ne ressemble plus à ce qu'elle fut autrefois. Le cas de l'Université officielle de Mbuji-Mayi, (UOM) inaugurée le 6 octobre 2025 par le président de la République, qui fait désormais honneur à la ville, à l'espace kasaïen et au pays.
Ce 6 octobre-là, l’abbé recteur, le professeur Apollinaire Cibaka Cikongo, a ému les Congolais en déclarant: « Ce jour, nous célébrons le passage de l’ère du bricolage à celui de la dignité». Puis : « Etre recteur d’une université qui passe de hangars de la honte à des bâtiments de la dignité est un motif de beaucoup de joie (…) mais, c’est davantage un appel à la responsabilité».
La veille, à l’arrivée du Chef de l’État dans la ville de Mbuji-Mayi, l'abbé curé avait déclaré: « Nous avons des sentiments de joie parce que ce qui se fait ici, c’est quelque chose d’exceptionnel, de grand dans une province où une ville est en train de renaître ; dans un pays qui est en train de renaître malgré les guerres, malgré d’autres difficultés».
Président de l’Assemblée provinciale, Willy Muya Mukendi a surenchéri avec un appel aux jeunes de la province : « Il ne me manque plus rien pour aller étudier ailleurs. L’Université officielle de Mbuji-Mayi nous suffit ».
Mais le meilleur est à venir. Avec l'Aéroport de Bipemba (le nom de la commune qui abrite l'emprise aéroportuaire) dont l'aérogare sort de terre et monte plus haut et qui, dans un an, va, en termes d'infrastructures, battre l'Aéroport de Kolwezi.
Tout s'y met en place : tour de contrôle, caserne anti-incendie, infrastructure électrique, piste aéroportuaire, tarmac, et, du coup, montée en puissance de Bipemba qui s'apprête à voir atterrir et décoller des avions de gros tonnage.
Restera de rentabiliser ces infrastructures en espérant voir les originaires s'y atteler afin d'éviter qu'elles soient des éléphants blancs. Il faudra y construire des infrastructures hôtelières (Mbuji-Mayi ne dispose aujourd'hui que d'un hôtel si l'on accepte de fermer les yeux) et des entreprises industrielles.
La grande firme Miba-SA, la Minière de Bakwanga-Société Anonyme, semble avoir cessé d'exister. Ses infrastructures immobilières sont désormais méconnaissables alors que la société minière occupe l'immense partie de la ville.
Selon Benjamin Kaninda Mudima, avocat près la Cour d’Appel de Kinshasa-Matete, «après avoir connu une période de prospérité remarquable durant plusieurs décennies, la Miba a progressivement sombré dans une crise profonde marquée par une chute de la production, une détérioration de ses infrastructures et des difficultés financières majeures. Une situation (qui) s’explique par une combinaison de facteurs économiques, institutionnels et juridiques, notamment la mauvaise gouvernance, la prolifération de l’exploitation artisanale et le développement de réseaux de fraude dans la commercialisation des diamants».
Benjamin Kaninda Mudima poursuit : « Dans ce contexte, la relance de la Miba constitue un enjeu stratégique pour l’économie nationale et pour le développement socio-économique de la région du Kasaï. Une relance (qui) nécessite non seulement la mobilisation d’investissements importants, mais également la mise en place de mécanismes institutionnels efficaces capables d’assurer une gestion transparente et responsable des ressources diamantifères».
Y arrivera-t-on ? Certainement. Mais comment et dans combien de temps ? Reste que tout est question de volonté et de détermination. Mais il ne faut pas attendre cela d'un seul homme, fut-il Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, président de la République. Mais le Président aura donné le go, et aura fait sa part. Aux originaires de reprendre demain la main et de poursuivre l'œuvre entreprise.
ALUNGA MBUWA.



