L'ambassade s'en va dans la ville Sainte
  • lun, 07/09/2026 - 13:33

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1674 | LUNDI 7 SEPTEMBRE 2026.

Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le président congolais, s’est rendu mercredi soir 3 septembre au Mur occidental à Jérusalem, la ville « trois fois sainte » - juive, chrétienne, musulmane - dans le cadre d'une visite officielle effectuée en Israël à l'invitation de son homologue Isaac Herzog. Le président congolais était accompagné dans ce déplacement de la ministre d'État en charge des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner et de plusieurs membres de la délégation gouvernementale congolaise. Arrivé devant le Mur des Lamentations - Mur occidental, selon l’appellation traditionnelle juive -, le président a été accueilli par le rabbin du Mur occidental et des lieux saints, Shmuel Rabinovitch, qui lui a présenté l’histoire du site et son importance pour le peuple juif. Les deux hommes ont prié ensemble pour la paix entre les deux pays et la poursuite de leurs relations d’amitié. Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a ensuite déposé un message personnel entre les pierres du Mur des Lamentations (photo). Il a également visité l’exposition «Porte du Ciel» ainsi que les fouilles archéologiques situées sous l’esplanade. Avant de quitter les lieux, il a écrit dans le livre d’or : «Que Dieu entende la prière que je dépose à ses pieds pour la République démocratique du Congo et pour son peuple, qui réclame justice et dignité. Amen ». Cette visite est intervenue après ses rencontres avec le président Isaac Herzog et le Premier ministre Benjamin Netanyahou, consacrées notamment au renforcement de la coopération économique et sécuritaire entre Israël et le Congo. Lors de cette visite, le président congolais a annoncé le transfert de l'ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem, ce qui fait entrer le Congo dans le petit cercle de pays dont les États-Unis qui ont opéré ce choix et rapproche du coup Kinshasa de Washington et des Républicains.

L'annonce de transfert a été faite par le président congolais après sa rencontre, mardi 1er septembre à Jérusalem, avec le Premier ministre Benyamin Netanyahu. Les deux leaders ont convenu de l'ouverture d'une ambassade résidente d'Israël à Kinshasa.

Dans une déclaration conjointe engageant les deux États, le Chef de l'État congolais et le premier ministre israélien ont « réaffirmé leur engagement commun à renforcer les relations diplomatiques entre leurs pays et à consolider davantage les liens d'amitié et de coopération qui les unissent ».

Aucun calendrier précis n'a néanmoins été évoqué pour le transfert de l'ambassade congolaise à Jérusalem. Il faut dire qu'il n'y a qu'une poignée de pays à avoir décidé, au cours des dernières années, de déménager à Jérusalem après l'annexion en 1967 par Israël de la partie Est de Jérusalem, à l’issue de la guerre israélo-arabe.

Depuis, la quasi-totalité des pays ont leur ambassade à Tel-Aviv, dès lors que l’annexion de Jérusalem n’est pas reconnue par les Nations unies.

En mai 2018, le président américain Donald Trump avait déplacé l'ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem. Le Guatemala, le Honduras, le Kosovo, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Paraguay, les îles Fidji et le Somaliland ont ensuite fait de même. De son côté, Israël va « poursuivre les consultations en vue d'une ouverture prochaine de son ambassade à Kinshasa ».

Pour les Israéliens, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale représente un enjeu diplomatique majeur. Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo souhaite développer avec Israël une coopération dans le domaine de l'agriculture, de l'eau et de la sécurité. Ce qui fait voir aux médias du monde une «lune de miel» entre Kinshasa et Tel-Aviv.

Interviewé sur Rfi, Jason Stearns, directeur de recherches à l'institut Ebuteli et professeur à l'Université Simon Fraser à Vancouver, au Canada, a dit que ce voyage du président congolais a «renforcé l'alliance de la RDC avec son allié primaire qui est Washington et Donald Trump, et ça va l'aider à se présenter de cette façon auprès des Républicains. (...).

C'est rare, surtout de déménager son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem». «Tshisekedi est parmi les seuls dirigeants africains aussi proches d'Israël. (...) Il faut dire que le Rwanda, surtout du point de vue sécuritaire, devient un peu isolé. Il est sous sanctions américaines», a poursuivi Jason Stearns. Extraits.

Israël n'est pas toujours bien vu en Afrique. Pourquoi Kinshasa fait exception ?
Il n'y a aucun calendrier qui est annoncé. Cela est exprimé d'une façon assez prudente. Par ailleurs, ce n'est pas totalement nouveau. Il y a trois ans, un accord a été annoncé entre Félix Tshisekedi et Benyamin Netanyahu, presque identique.

Or, jusque-là, rien n'a été fait dans ce sens. Donc, je pense qu'il faut nuancer un peu ce qui s'est passé aujourd'hui. Mais vous avez raison, c'est rare, surtout de déménager son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem. Je pense qu'il y a seulement dix autres pays qui l'ont fait dans le monde et c'est surtout rare pour l'Afrique.

Tshisekedi est parmi les seuls dirigeants africains aussi proches d'Israël. Je pense qu'il y a plusieurs raisons à cela. Premièrement, ça renforce l'alliance de la RDC avec son allié primaire qui est Washington et Donald Trump, et ça l'aide à se présenter de cette façon auprès des Républicains.

Deuxièmement, je pense que, surtout aujourd'hui, la RDC est sous pression militaire de la part du Rwanda, du M23. Et on connaît les capacités d'Israël en cette matière. Donc, je pense que c'est aussi une façon pour Félix Tshisekedi de nouer de nouvelles relations avec une puissance militaire.

Tshisekedi n'a pas caché que dans ces discussions avec Netanyahu, ils avaient parlé sécurité et questions militaires. Est-ce qu'Israël a déjà fourni une assistance militaire à Kinshasa?
Je ne sais pas. Il y a eu plusieurs discussions entre une délégation congolaise et ses interlocuteurs israéliens cette semaine. Je suis sûr que parmi ces discussions figurait justement cette question de soutien militaire.

Il y a un soutien en termes de renseignement, en termes de drones. C'est surtout ça que, je pense, que les Congolais cherchent.

Est-ce qu'Israël peut fournir aussi des garanties en termes de cybersécurité ?
Oui, je pense que c'est parmi leurs spécialités. Et Tshisekedi a vraiment déplacé le centre de pouvoir sécuritaire vers son agence de cybersécurité à Kinshasa, qui est devenue notoirement connue pour arrêter, pour rechercher, pour faire des investigations.

Et c'est surtout cette agence-là, je pense, qui pourrait être renforcée par une aide israélienne en la matière.

Cette proximité entre Kinshasa et Jérusalem fait grincer quelques dents dans la classe politique congolaise?
Je pense que, pour l'instant, Tshisekedi a deux grands combats qu'il est en train de mener. Il a le combat militaire contre le M23 et ses alliés rwandais à l'est, et un combat politique à Kinshasa par rapport à son propre avenir.

Il y a les élections de 2028. Il a promis un dialogue national. Il y a une grande pression de la part de sa propre coalition pour changer la Constitution, pour qu'il puisse briguer un troisième mandat. Et donc, je pense que, dans ce contexte-là, ça vaut la peine d'avoir des alliés.

Surtout l'allié américain qui est son soutien primaire dans ces deux combats-là, je pense. Et c'est dans ce contexte-là, je pense, qu'il faut également voir Israël.

Le Rwanda est très proche d'Israël. Comment peut-on expliquer que les autorités israéliennes soient à la fois amies avec les deux pays quasiment en guerre ?
Je pense que pour Israël, il n'y a pas de contradiction. Israël cherche à étendre son influence en Afrique en général. On le voit très clairement dans la Corne de l'Afrique.

Pour eux, il n'y a pas de contradiction. Ils ont des relations étroites avec le Rwanda d'ailleurs depuis très longtemps. Avec la RDC aussi, depuis très longtemps. Donc pour eux, il s'agit seulement de pouvoir trouver des alliés là où ils peuvent. Surtout dans ce contexte mondial où il n'y a pas beaucoup de pays très favorables à Israël.

Pour la RDC, je pense que c'est justement cette alliance entre le Rwanda et Israël qui pousse aussi Tshisekedi à chercher un soutien à Tel-Aviv. C'est d'ailleurs parmi les questions que je me pose : est-ce que durant les entretiens avec Netanyahu et son équipe cette semaine, Tshisekedi a justement demandé qu'il y ait peut-être une diminution des relations et du soutien entre Israël et Kigali ?

Je ne sais pas... Mais je pense que cela figure certainement parmi les questions que les dirigeants congolais se posent.

On peut imaginer donc que Félix Tshisekedi promette de bouger l'ambassade à Jérusalem ou d'accueillir une ambassade d'Israël à Kinshasa, à condition qu'Israël prenne ses distances par rapport au Rwanda ?
Je pense que si les Congolais ont été malins dans les discussions, ça a dû figurer parmi les leviers. Il faut dire que le Rwanda, surtout du point de vue sécuritaire, devient un peu isolé. Il est sous sanctions américaines.

Toute leur armée est sous sanctions américaines. Il y a des milliers de soldats déployés à l'est de la RDC. Il faut ravitailler ces soldats. Il faut acheter du matériel militaire pour ces soldats. Il est difficile actuellement de le faire parce que toute transaction en dollars est interdite.

C'est très difficile pour le Rwanda de trouver une banque internationale qui pourrait faciliter une quelconque transaction pour leur armée. Donc, je pense que, pour Kinshasa, ça vaut la peine d'essayer d'isoler davantage Kigali (...).

C'était parmi les objectifs, je pense. Le premier objectif, pour moi, c'était de renforcer une alliance avec Washington à travers Israël.


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