La longue liste de crashs de Tracep Congo Aviation
  • mer, 30/09/2026 - 23:17

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1677 | JEUDI 1 OCTOBRE 2026.

Olivier Upenji Chombe, le Directeur général de la compagnie Tracep Congo Aviation, société de droit congolais basée à Goma, dans le Nord-Kivu, qui se présentait jusqu'ici comme le patron d'une entreprise qui «œuvre dans l'aviation à titre principal et de façon secondaire dans l’agriculture, le commerce, l'élevage et la pêche», et qui prétendait être, écrit la société sur son site tracepcongo.com, «le leader du transport aérien en République Démocratique du Congo, en offrant des services de qualité, sécurisés et adaptés aux besoins de nos clients», n'est-il pas trop puissant dans le pays ?

Malgré tant d'accidents et de crashs, l'homme n'avait jamais à ce jour été inquiété.

Selon certaines sources du secteur, Olivier Upenji Chombe - un Congolais originaire de la province d'Ituri, Bunia - ne disposerait d'aucun avion en son nom. Par contre, selon ces mêmes sources, qui restent à confirmer, cet homme d'affaires aurait obtenu auprès de l'AAC, l'Autorité d'Aviation Civile, une licence d'exploitation de transporteur aérien, en fait, un certificat de transporteur aérien (CTA), autorisation officielle qui permet à une entreprise d'effectuer des services de transport aérien public de passagers, de courrier ou de fret.

Et, du coup, poursuivent les mêmes sources, l'homme «négocierait à prix d'or» la venue dans le pays - de provenance souvent du Kenya - et l'exploitation d'aéronefs.

Cette opération n'aurait jamais réussi sans la mise en place d'un système de corruption ou l'usage d'un parapluie politique. Certains noms haut placés sont cités...

CINQ ACCIDENTS EN TROIS ANS.
Le crash du 25 septembre à Kenge semble être un crash de trop. Un article paru sur le site @BANKABLE signé par Timothée Manoke, portant le titre «Transport aérien : Tracep Congo suspendue après cinq accidents et incidents en 3 ans», paru mardi 29 septembre 2026, mis en ligne à 11:41', modifié le même 29 septembre 2026, à 16:01'), écrit :

«Sur instruction du Vice-Premier ministre chargé des Transports, Jean-Pierre Bemba, le certificat de transporteur aérien (CTA) de Tracep Congo Aviation a été suspendu le 26 septembre 2026, au lendemain du crash meurtrier survenu près de Kenge, dans la province du Kwango. La décision de l’Autorité de l’Aviation Civile (AAC) entraîne l’arrêt des opérations de la compagnie sur l’ensemble du territoire national jusqu’à nouvel ordre.

Un message adressé aux services du régulateur ordonne également l’immobilisation de trois appareils exploités par Tracep : un ATR 42 immatriculé 5Y-RNW, un Cessna 208B 5Y-NFY et un Short 360 7Q-ERC. La mesure intervient après l’accident du 25 septembre impliquant un Let 410 UVP immatriculé 9S-GUC».

Puis : « Série d’événements depuis 2024. Le crash de Kenge intervient après au moins quatre autres accidents ou incidents impliquant des appareils exploités par Tracep Congo Aviation depuis son entrée en activité en septembre 2023.

Le premier événement recensé remonte au 5 avril 2024. Un Cessna immatriculé 5X-MAL, exploité par Tracep, avait raté son atterrissage à Mahagi-Zale, dans l’Ituri, après un vol en provenance de Bunia. Aucun décès n’avait été signalé, mais plusieurs occupants avaient été blessés.

Le 24 janvier 2025, un Let L-410 immatriculé 9S-GEO avait effectué une sortie de piste lors de son atterrissage à Wamaza, dans le Maniema, après un vol en provenance de Bukavu.

Le BPEA avait ouvert une enquête sur cet événement. Le 27 juillet 2025, un Cessna Caravan C208 immatriculé 5Y-LJM avait à son tour effectué une sortie de piste à l’aéroport de Bunia. Selon les informations publiées, l’appareil effectuait un vol en provenance d’Aru et aucun décès n’avait été enregistré.

Un accident plus grave est survenu le 24 juillet 2026 (à Katchungu, ndlr). Un Let L-410 immatriculé 7Q-GMR, exploité par Tracep, avait disparu après avoir décollé de Beni pour un vol cargo. L’équipage avait signalé la perte d’un moteur avant d’indiquer un déroutement vers Walikale. L’appareil avait ensuite été retrouvé dans une zone boisée. Le copilote était décédé et deux autres membres d’équipage avaient survécu».

Puis : « Régulation en question. L’immatriculation malawite de cet appareil a par ailleurs fait l’objet d’interrogations dans une enquête du média PIJ Malawi (qui se présente comme le «Leading investigative journalism platform in Malawi exposing corruption, promoting transparency and accountability»/ Principale plateforme de journalisme d'investigation au Malawi, qui dénonce la corruption et promeut la transparence et la responsabilité), écrit : «le représentant chargé de l’appareil avait demandé plusieurs mois avant l’accident à ne plus en assumer la responsabilité.

Le 7Q-GMR aurait néanmoins continué à figurer au registre malawite et à opérer en RDC sous cette immatriculation.
La suspension décidée après le crash de Kenge intervient donc au terme d’une série d’au moins cinq accidents et incidents recensés depuis avril 2024.

Pour les quatre événements antérieurs, l’AAC n’a pas fait de communication publique. De même, si certains événements ont donné lieu à des enquêtes du BPEA, les conclusions détaillées n’ont pas été rendues publiques.

La suspension du CTA ouvre désormais une nouvelle phase. Elle restera en vigueur, selon le ministère des Transports, jusqu’à la fin des enquêtes menées par le BPEA.

Leur publication, ainsi que les éventuelles conclusions sur la navigabilité des appareils, les procédures de maintenance et les responsabilités opérationnelles, seront déterminantes pour comprendre les causes du crash de Kenge et apprécier la surveillance exercée sur la compagnie avant la décision du 26 septembre».

IL A UNE BONNE COUVERTURE.
Il faut vraiment se poser comment cet homme a réussi à ce jour à passer sous les mailles du filet.

Après le crash au-dessus de la ville de Kenge qui a tant ému le pays, la région et le monde avec la mort des plus hautes autorités de la Haute Cour militaire calcinées - le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalayi Tiende, premier président de la Haute Cour militaire, le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, auditeur général des Forces armées des FARDC - par quel miracle le puissant homme d'affaires de l'Ituri, Olivier Upenji Chombe, saura se tirer d'affaire ?

Il reste que des sources dans la partie orientale du pays signalent sa présence au Kenya, un refuge bien choisi. Le Kenya de William Samoei Ruto, l'actuel président kenyan, n'entretient pas de bonnes relations avec Kinshasa.

C'est au Kenya, à Nairobi, sous William Samoei Ruto, que la rébellion de l'AFC de Corneille Nanga Yobeluo est née - avec pompe - et qui a aussitôt rejoint le M23 à Goma. Après une réaction de Kinshasa, William Samoei Ruto avait invoqué la liberté qui règne au Kenya.

Si la justice congolaise venait à réclamer l'extradition d'Olivier Upenji Chombe, il est certainement peu sûr de s'attendre à une réponse positive de William Samoei Ruto ou de ses services. Bis repetita.
D. DADEI.


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