- lun, 02/03/2026 - 18:48
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1659 | LUNDI 2 MARS 2026.
Les «causes profondes du conflit», expression entendue avec récurrence dans le monde des guerres.
La première guerre mondiale (1914-1918) a fait plus de 18 millions de morts. Ses « causes profondes » ? Complexes toujours discutées dans les milieux des intellectuels, chez les politiques, les historiens. Elles causes porteraient sur des rivalités coloniales, des oppositions nationalistes, des courses aux armements et aux systèmes d'alliances.
La deuxième guerre mondiale (1939-1945). Elle fut plus mortelle que la première guerre. Aux alentours de 60 millions de morts.
On a compté plus de civils que de militaires. Ses « causes profondes » sont à rechercher dans le traité de Versailles considéré comme favorable à une Allemagne vaincue, la montée du fascisme, le réarmement de l'Allemagne, le culte d'Adolf Hitler, les invasions agressives de leurs voisins par l'Allemagne, l'Italie et le Japon, le pacte nazi-soviétique, l'invasion de la Pologne en septembre 1939, la crise économique des années 1930, l'attaque japonaise contre la base navale américaine de Pearl Harbour, etc.
La guerre d'Afghanistan (2001-2021). « La guerre contre le terrorisme ». Elle fit suite aux attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington avec l'objectif pour les États-Unis et leurs alliés, le Royaume-Uni, la France, le Canada, etc., de capturer Oussama ben Laden, le chef de l'organisation Al-Qaïda, de détruire l'organisation qui possédait, avec la bénédiction des talibans, des bases en Afghanistan, de renverser le régime taliban.
Que dire de la guerre de Libye (2011) contre Mouammar Kadhafi ? Ses «causes profondes» à rechercher dans le projet Rascom-1, le satellite africain qui sut réunir 45 pays, qui allait assurer la couverture universelle du continent pour le téléphone, la télévision, la radiodiffusion, la télémédecine, l’enseignement à distance ou dans le projet de Fonds monétaire africain ou de la Banque centrale africaine?
L'Occident y aurait-il vu des ressources cruciales lui échapper et l'Afrique s'affranchir de sa dépendance historique en renforçant sa souveraineté économique, sanitaire et politique ?
Quid du conflit du Nigeria (2009) avec le groupe jihadiste Boko Haram, poursuivi par ses avatars, dont l'État islamique en Afrique de l'Ouest ? Des tensions ethnico-religieuses ? Des rivalités pour le contrôle des ressources économiques ?
Et la guerre en Ukraine? Là, la Russie ne s'en cache pas. Elle a perçu une menace de l’Union Européenne et de l’OTAN à ses frontières alors qu'elle rêvait, pour sa sécurité, d’une Ukraine alliée à elle ? À la veille de chaque session de pourparlers comme celles qui se tiennent présentement à Genève menées par Steve Witkoff, l'envoyé spécial de Donald Trump, l’expression « causes profondes du conflit » ressort.
Que dire de la guerre déclenchée samedi 28 février 2026? Il s'agit d'effacer l'arme atomique dont l'Iran s'est doté et qui constitue un «rééquilibrage» des puissances planétaires, donc, une menace pour l'Occident. Ce qui «fausserait» la domination du monde. Donc «l'existence».
EST-ON SÉRIEUX?
Qu'en est-il des guerres à l'est du Congo ? «Les causes profondes », expression répétée à l'envi, entendue ces derniers temps à Kigali.
Au départ, ce fut la protection d'une communauté - celle des Tutsis Banyamulenge, composante de l'ethnie tutsie de l'est du pays, l'une des 400 ethnies congolaises qui serait injustement malmenée quand l'un des membres de cette composante, Me Azarias Ruberwa Manywa, s'est retrouvé le 30 juin 2003 au lendemain du dialogue inter-congolais de Sun City en Afrique du Sud, dont l'accord fut signé le 19 avril 2002, à la tête de l'État, dans le régime 1+4, au titre d’un des quatre Vice-présidents de la République en charge de questions politiques et juridiques. Aux scrutins de 2006, Ruberwa, candidat à la présidentielle, est arrivé sixième avec 1,7 % des suffrages.
Faut-il signaler nombre d'autres personnes issues de cette communauté qui siègent dans les institutions de la République? Tel Alexis Gisaro Muvunyi, ministre d’État au sein du gouvernement national depuis le 13 avril 2021 d'abord aux Infrastructures et Travaux publics et, depuis le 8 août 2025, à l'Urbanisme et Habitat.
Quelles « causes profondes » des guerres dans les Kivus qu’en l’espèce des opposants disent vouloir déposer à la table d'un dialogue «réclamé» et annoncé (s’il a lieu) ?
Ici, chacun y va avec sa liste. Mauvaise gouvernance pour certains, corruption et enrichissement illicite pour d’autres, absence de l’État de droit, etc. Sans citer trop le mixage et le brassage qui affaiblissent les forces combattantes en conduisant à l'infiltration...
Est-on sérieux ? Pense-t-on que ces questions si elles ont un sens, et si elles peuvent être traitées dans un dialogue, peuvent avoir amené des compatriotes à systématiquement recourir à la machette, au fusil, au missile pour tuer d’autres compatriotes ?
Oublie-t-on que ces guerres ont éclaté le 30 juin 1960, le jour même de la proclamation de l’indépendance par le roi des Belges et que c’est sous Mobutu adoubé par les puissances occidentales en guerre froide avec le communisme qu’elle a connu une sorte de désescalade avant de reprendre en 1994 avec la chute au Rwanda du gouvernement Habyarimana et que l'une de ces guerres, celle de l'Afdl, fut appelée «la première guerre mondiale africaine» ayant entraîné plusieurs pays voisins dont l'Ouganda et le Burundi, le Zimbabwe, l'Angola, la Namibie, le Tchad ?
Le Rwanda de Paul Kagame surmilitarisé contre un Congo sous embargo des Nations unies sur les armes et qui dure depuis vingt-deux ans, ayant prétexté l’insécurité à ses frontières, a réussi à franchir les frontières congolaises sans rencontrer la moindre résistance ? Aurait-il su qu'un déluge de feu se dressait face à lui, à sa frontière de l'ouest, qu’il aurait décrété l'envoi de soldats ou des missiles sur le territoire congolais ?
On peut présenter toutes les raisons du monde pour ces guerres interminables qui sévissent à l'est depuis une trentaine d'années, une seule à retenir : la faiblesse de l'État (quand d'autres parlent de faillite de l'État), qui fait ouvrir des portes poreuses à des conflits armés dont les commanditaires recherchent le contrôle des ressources minières.
Le Congo est géographiquement immense et la présence de l'État dans tous les territoires et secteurs qui incite au respect et à la discipline quand il s'agit d'un pays qui attire les convoitises des puissances planétaires pour son sous-sol, relève d'un miracle que seule une vision pensée, hautement stratégique peut se permettre.
UNE CONVICTION ?
Or, si dès le jour où le pays fut proclamé « indépendant », toute la structure administrative s'écroule avec le retour en masse dans leurs pays des élites coloniales et que le chaos s'installe avec l'assassinat du chef du gouvernement, il faut certainement bien plus pour parvenir à retisser le tissu social et politique.
Mais comment y parvenir sans une élite responsable, sans une vision politique stratégique, sans l'amour patriotique, sans - l'expression est de Mobutu - «se serrer la ceinture» pour la sécurité, l’intégrité, la souveraineté nationale ?
Des « chefs » rebelles recrutés par le Rwanda, tel l'ex-président de la Commission Électorale Nationale Indépendante, Corneille Nangaa Yobeluo, pris en charge et protégés par le Rwanda, qui, à l'est, roulent carrosse, mènent grand train de vie, sont-ils des Congolais pétris d'amour de la Patrie ?
Ont-ils le moindre souci du Congo ou pensent-ils que finalement ils se retrouvent matériellement bien mieux là-bas qu'ils le seraient ailleurs? Qui s'imaginerait que ces compatriotes aient rejoint par conviction les rangs de la rébellion rwandaise ?
S'ils n'ont pas intégré cette rébellion par conviction et qu'ils y étaient à la recherche d'une position confortable, quelle solution le dialogue «réclamé» et annoncé pourrait leur apporter et qu'ils seraient prêts à accepter ?
Mais voilà que Kigali lève le voile, passe de la protection d’une composante ethnique à des revendications territoriales. Dans un discours public à Kigali, Kagame déclare que son pays avait été défait de certains de ses territoires par la Conférence coloniale de Berlin dont il réclame sans le dire la restitution.
En avril 2023 en visite au Bénin, Kagame a eu ces propos : « Le problème du Congo, le problème de la région ou encore le problème du Rwanda n’est pas le M23. Le M23 est la résultante de plusieurs autres problèmes qui n’ont pas été résolus depuis des décennies. Le problème du M23 existait même avant que Tshisekedi ne devienne président. Cela remonte même à 2012.
En ce qui concerne le M23 et toutes les personnes liées au M23, les Congolais qui ont bénéficié de l’héritage rwandais, les frontières qui ont été construites durant la période coloniale ont affecté et divisé nos peuples. Une partie du Rwanda a été donnée au Congo, le sud à l’Ouganda. Vous pouvez remonter dans l’histoire.
Ce problème va au-delà de ma personne, au-delà de la personne du président Tshisekedi. Toutes ces personnes qui étaient présentes en cette période ne sont plus là. Il faut trouver la solution à cette crise. Les démarches entreprises ont essayé, mais apparemment le Congo ne veut pas que la question soit résolue.
Aujourd’hui, nous ne pouvons continuer à nous plaindre du problème éternellement alors que nous connaissons là où il y a le nœud. C’est comme si nous même nous ne souhaitons pas trouver la solution. On tourne autour du pot, malheureusement ».
Sur la Belgique, l'ancienne puissance coloniale, en mars 2025, Kagame déclare : « Les Belges ont détruit le Rwanda, ont tué des Rwandais et cette histoire dépasse largement les 30 dernières années. Ils disent : « On ne vous autorise pas à faire ci ou ça», et on leur demande : « Mais qui êtes-vous ? Qui vous a mis à notre tête ? Ces Belges qui ont favorisé la division ethnique au Rwanda ».
Quelle urgence aujourd'hui pour le Congo ? Travailler à une prise de conscience, à un éveil de conscience. Le Congolais doit aimer son pays. Il doit œuvrer non pas à le faiblir mais à le renforcer. Le Parlement devrait voter une loi dans ce sens.
T. MATOTU.





