- lun, 23/03/2026 - 19:09
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Le Soft International n°1660 | LUNDI 23 MARS 2026.
Certes, on dit qu'«il n'est pas de personne irremplaçable» et en même temps que «c'est l'homme qui fait la fonction». Ce qui signifie ici que la personnalité, les compétences et l'autorité d'un individu façonnent et définissent le poste qu'il occupe, plutôt que l'inverse. Une vision centrée sur le leadership charismatique, où l'individu impose sa marque et marque son territoire, contrairement à l'adage « la fonction fait l'homme».
Qui n'avait été surpris - le moins que l'on puisse dire - par le départ inattendu de Jules Alingete Key de l'IGF, l'Inspection Générale des Finances, cet homme surnommé «l'Alligator», départ annoncé par l'ordonnance présidentielle lue le 7 mai 2025 sur la chaîne nationale Rtnc le mettant à la retraite?
L'homme régulièrement vanté par le Chef de l'État Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo lui-même, primé à l'étranger, jusqu'à ce jour invité à l'extérieur pour son intelligence et son expérience, avait été tellement combattu au point de courir le risque de perdre la vie que la sagesse commandait qu'il soit mis un moment à l'abri pour le protéger. Mais voilà que peu après, un pan du pays se lève avec courage pour regretter son départ.
Des membres de la société civile ouvrent la bouche et font des déclarations publiques. Le cas de l'ONG Congo n’est pas à vendre, CNPAV, qui exprime sa vive inquiétude face à ce qu’elle qualifie de recul dans la lutte contre la corruption au Congo.
Dans une déclaration, l'ONG regrette ni plus ni moins l’affaiblissement de l’Inspection Générale des Finances et de sa célèbre « patrouille financière » introuvable, redoutée jadis par des détourneurs des deniers publics lors des années Alingete. Pour l'ONG, le départ de l’Inspecteur Général des Finances-Chef de Service a été un point de bascule pour ce service public attaché à la présidence de la République.
L'IGF AUX OUBLIETTES ?
Ce départ est intervenu dans un contexte de fortes pressions exercées par des réseaux mafieux, dérangés par les enquêtes et les révélations menées la Patrouille financière sous Jules Alingete Key. L'ONG appelle à une relance effective et indépendante des mécanismes de contrôle des finances publiques, estimant que la transparence et la redevabilité restent des piliers essentiels pour la bonne gouvernance dans le pays. Avis que prolonge Jimmy Kande, lanceur d'alerte et membre de l'ONG.
« J’ai évoqué certes des faits qui sont intervenus au début du mandat du président Félix Tshisekedi, mais ce n’est pas comme s'ils se sont arrêtés après». Le lanceur d'alerte souligne que plusieurs affaires d’irrégularités ont continué à émerger dans la gestion des entreprises publiques. Tels des paiements effectués dans des conditions opaques à des opérateurs ayant obtenu des marchés de manière douteuse, outre des soupçons de détournements de fonds destinés à des secteurs sensibles, y compris l’armée.
« On a vu même l’argent destiné à l’achat de matériels de guerre être détourné, sans pour autant que des responsables soient traduits en justice ».
Pour Jimmy Kande, la relance de l’IGF sous le mandat de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo avait constitué l’un des rares signaux positifs. Bien que la perfection n'existe nulle part, l'IGF avait le mérite de révéler régulièrement des faits de corruption et d’imposer un certain contrôle en amont des dépenses publiques.
« Le travail de l’IGF, qui était mis en avant, montrait très clairement qu’il y avait beaucoup d’irrégularités. Cela a permis, à un certain moment, même une augmentation des recettes publiques ».
Jimmy Kande fait le constat d'un net recul de la visibilité et de l’impact de ce serve de l'État. «Aujourd’hui, on n’entend plus parler de l’IGF. Elle semble être devenue pratiquement une institution morte ».
L'homme estime que le travail de l’IGF avait pu déranger des intérêts puissants. Pour lui, « l’impression est que la lutte contre la corruption a été désormais mise aux oubliettes ».
Dans son livre Histoire du Congo, de Mobutu à Tshisekedi, ce que je sais, Paris, 2026, Le Cherche Midi, Tryphon Kin-kiey Mulumba écrit : « Dépourvu de carte d'un quelconque parti, ceux qu'il traque lui prêtent pourtant appartenances et intentions politiques.
Bien sûr, Alingete n'est pas seulement aimé. Il est même détesté à un point tel qu'il arrive qu'on le présente comme le financier des «Bakata... Katangais», les bandits qui égorgent de paisibles citoyens dans des villages et centres urbains».
D. DADEI.





