À Gaborone, Patrick Mutombo Kambila appelle à la reconnaissance du nouveau fait rwandais
  • ven, 13/02/2026 - 08:21

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1658 | VENDREDI 13 FÉVRIER 2026.

Nommé tout récemment ambassadeur extraordinaire plénipotentiaire du Congo au Botswana, à Gaborone et auprès de la SADC, Patrick Mutombo Kambila a fait le 6 février, à l'hôtel Grand Palm, salle Okavango, devant ses collègues diplomates invités, une déclaration forte de la République Démocratique du Congo en lien avec «la reconnaissance officielle par le Rwanda d’une coordination sécuritaire avec le mouvement insurrectionnel AFC/M23». Il venait de présenter le 28 janvier les copies figurées (lettres de Cabinet) et ses lettres de créance, deux jours après. Vu l'urgence, le diplomate congolais n'a pas voulu attendre longtemps pour prendre la parole à Gaborone, lors d'une matinée diplomatique, et se faire connaître et reconnaître par ses pairs dans les chancelleries. Impressionnant, il faut le dire.
Ci-après en intégralité la déclaration du diplomate congolais devant ses pairs.

«Avant toutes choses, je voudrais remercier de tout cœur chacun et chacune d’entre vous pour avoir quitté momentanément les lourdes occupations journalières de vos missions diplomatiques respectives pour répondre à notre invitation consacrée à cette matinée diplomatique portant sur la situation politique et sécuritaire en cours dans mon pays, la République Démocratique du Congo.

Je voudrais exprimer ma profonde déférence à Son Excellence Monsieur le Président Advocate Duma Gideon Boko et à son Gouvernement qui, en recevant mes lettres de créance le 30 janvier 2026 dernier, m’a permis d’entamer, parmi vous et avec vous, l’exaltante mission de représenter mon pays, la République Démocratique du Congo à Gaborone en terre hospitalière des Batswana.

Au nom de mon Gouvernement, je prends la parole ce jour pour attirer votre attention sur la préoccupante situation sécuritaire instable qui prévaut depuis plus de 30 ans à l’Est de la République Démocratique du Congo. Point n’est besoin de rappeler l’histoire sanglante partie du Rwanda en 1994 telle un volcan en éruption dont les laves continuent à couler, depuis lors, sur les versants, jadis paisibles, des terres Congolaises avec toutes les conséquences humanitaires enregistrées à ce jour ».

Il poursuit : «En effet, comme l’a bien mentionné le Président Félix Antoine Tshisekedi le 31 janvier 2026 dernier à l’occasion de l’échange des vœux avec le corps diplomatique accrédité à Kinshasa, depuis des années, les Gouvernements successifs de la République Démocratique du Congo dénoncent, preuves à l’appui, le soutien extérieur qui sert de carburant à la violence armée sur notre sol.

Et voici que, dans une déclaration officielle faite le 22 janvier 2026 devant le Congrès des États-Unis d’Amérique, dans un cadre institutionnel formel, le Rwanda a reconnu explicitement «une coordination sécuritaire», autrement dit l’instrumentalisation de l’AFC/M23, ce groupe armé non étatique qui s’est illustré depuis une dizaine d’années par des massacres quotidiens et autres violations des droits humains sur le territoire de la République Démocratique du Congo.

Cette reconnaissance n’est pas un détail de communication, encore moins une stratégie politique. Elle éclaire, d’une lumière crue, ce que de nombreux rapports et de multiples partenaires relevaient depuis fort longtemps, à savoir l’existence d’un appui déterminant à un mouvement armé insurrectionnel opérant sur le territoire souverain de la République Démocratique du Congo.

L’aveu de collaboration entre Kigali et l’AFC/M23 réduit l’espace du déni, clarifie les responsabilités et oblige la communauté internationale notamment à exécuter les résolutions de l'ONU. Cette coordination est présentée politiquement comme relevant de « mesures dites défensives », tout en renvoyant à la RDC la responsabilité du conflit dans l’Est de son territoire. Chose impensable. Il ne s’agit ni d’une maladresse de langage ni d’une déclaration isolée, mais d’une prise de position politique délibérée et assumée par les autorités rwandaises, visant à :

◗ Normaliser et requalifier le M23 comme acteur sécuritaire légitime ;
◗ Tenter de justifier juridiquement une ingérence sur le territoire d’un État souverain ;
◗ Déplacer la responsabilité du conflit vers la RDC ;
◗ Et, en toile de fond, sécuriser des appuis politiques extérieurs.

La RDC considère cette déclaration comme une reconnaissance officielle, écrite et politiquement assumée, établissant un lien direct entre un État et un groupe armé non étatique, illégal et constituant de ce fait :

◗ Une admission d’ingérence ;
◗ Un soutien à un acteur armé non étatique ;
◗ Une violation manifeste des principes de souveraineté, de non-intervention et de non-recours à la force, consacres par la Charte des Nations Unies

La reconnaissance publique par le Rwanda d’une coordination sécuritaire avec l’AFC/M23 met fin à toute ambiguïté : il s’agit d’une reconnaissance officielle explicite, attribuable à un État, engageant sa responsabilité internationale.
Cette reconnaissance:

◗ est formulée par une autorité diplomatique dûment habilitée, par écrit et dans un cadre institutionnel étatique étranger :
◗ est pleinement attribuable à l’État rwandais au regard du droit international et engage sa responsabilité internationale.

Sur le plan juridique, elle constitue :

◗ une aide et assistance à un fait internationalement illicite, l’AFC/M23 étant responsable de violations graves du droit international humanitaire et des droits de l’homme, documentées par les pertinents mécanismes onusiens ;
◗ une violation des articles 2 et 4 de la Charte des Nations Unies ;
◗ une situation dans laquelle l’invocation de la légitime défense est juridiquement inapplicable, faute d’attaque armée imputable à la RDC, faute de nécessité immédiate ni de proportionnalité et surtout, tenez bien, pendant que des processus politiques et diplomatiques multilatéraux sont activement engagés, notamment dans les cadres de Washington, de Doha et de l’Union Africaine.
◗ En droit international, la légitime défense ne saurait être déléguée, à un groupe armé non étatique, ni exercée de manière permanente sur le territoire d’un autre état».

«Eu égard à ce qui précède, la position du Gouvernement de la République Démocratique du Congo s’inscrit dans une démarche constante qui consiste à agir avec retenue, responsabilité et sens profond de l’État, demeurant fermement engagée dans les voies pacifiques, les mécanismes régionaux et multilatéraux, respectant et mettant en œuvre de bonne foi les processus de paix en cours, et surtout fondant sa démarche sur une approche strictement factuelle et juridique, sans surenchère ni rhétorique émotionnelle.

Vu cet angle, les objectifs de la RDC sont clairs et triple :

◗ Primo, refermer rapidement la fenêtre juridique et politique ouverte par cette déclaration ;
◗ Secundo, empêcher toute tentative de banalisation, de légitimation ou de requalification sécuritaire du M23 ;
◗ Tertio, déconstruire et réfuter, sur une base factuelle et juridique, la grille de lecture unilatérale que notre voisin le Rwanda cherche à imposer.

À travers sa mission diplomatique à Gaborone et auprès de la SADC, le Gouvernement de la République Démocratique du Congo rappelle explicitement des principes de souveraineté, de non-ingérence et d’interdiction du soutien aux groupes armés non étatiques et demande que cette déclaration de reconnaissance rwandaise de soutien au groupe armé AFC/M23 soit prise en compte comme élément de référence dans les travaux des organisations internationales, sous régionales dont nous sommes membres à part entière, en l’occurrence le Conseil de Sécurité des Nations Unies, le Conseil Paix et Sécurité de l’Union Africaine, la SADC et j’en passe».

Comme mesures appropriées, mon Gouvernement demande l’examen et, le cas échéant, l’adoption des mesures ciblées à l’encontre des responsables politiques et militaires impliqués».

Mutombo Kambila Patrick
Ambassadeur.


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