- jeu, 15/01/2026 - 17:08
Jamais, nul doute, le Gouvernement de la République n'avait autant remonté les bretelles de ses membres. En une semaine, que du désordre dans la communication.
Un officier général des Forces Armées s'en prend, à la télévision nationale Rtnc, aux femmes d'une communauté présentées comme «perfides», sournoises, venimeuses, fourbes, qu'il faut éviter, car elles cachent, sous des apparences aimables, l'intention de nuire, quand elles sont en couple avec des hommes d'une autre communauté, certainement bantoue. Histoire entendue. Répétée. Est-elle réelle ? Quelle place a-t-elle dans le contexte de guerre que connaît le Congo ? Un membre du Gouvernement se moque de l'armée de son pays, déclarant publiquement que « n'eut été Rubio, les rebelles auraient déjà pris telle ville...». Quel message passe-t-on ? Comme il n'y a pas deux sans trois, un autre fait le Dmitri Medvedev né Anatoly Afanasyevich Dmitri Medvedev, en faisant monter la pression, déclarant que «si Kagame veut la guerre, il l'aura» prenant prétexte les 5 milliards de $US de prévisions budgétaires de l'armée. Désordre absolu. Quand le Président de la République se rend deux fois en une semaine à Luanda et à Lome, va-t-il à la guerre ou à la paix? A-t-on lu Sun Tzu, L’Art de la guerre ?
Sait-on qu'un ministre, ça la ferme ou ça s'en va? Le Français Jean-Pierre Chevènement passé d'un ministère à l'autre, avec des démissions en série, élu et réélu député, a repris un principe qui traverse l'Histoire, à savoir, « un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l'ouvrir, ça démissionne ».
Le Congo en période de guerre, que cherche-t-il? Comment expliquer un désordre aussi parfait dans la prise de parole publique ? Ignore-t-on les principes ou cherche-t-on à compliquer les problèmes ?
Un gouvernement n'a une parole, et une seule, celle que porte son porte-parole sauf à lui faire commettre exprès une erreur, quitte à le faire recadrer stratégiquement par son supérieur. Sait-on comment fonctionne la communication dans un État en temps de paix comme en temps de guerre ? L'État se doit de disposer d’une communication structurée.
Celle-ci suppose :
◗ 1. Une Structure Nationale (une Centrale dans laquelle siègent des représentants du Gouvernement, des Services de l'État, la Police, l'Armée, des Partis politiques majeurs).
Son travail consiste à l’observation, l’analyse, le suivi et l’alerte des événements au niveau national et international. Une structure qui doit être pleinement informée, présidée par le Chef de l’État/qui fait rapport au Chef de l’État ;
◗ 2. Une Structure (Centrale) de vérification, d’anticipation et de hiérarchisation des événements (présidée par le Chef de l’État/qui fait rapport au Chef de l’État);
◗ 3. Une Structure (Centrale) de conception et d’élaboration de la communication (selon les divers médias) ;
◗ 4. Une Structure (Centrale) de distribution et de diffusion de la communication (dans les divers médias mais, selon les opportunités, choisit vers quels médias diriger tel type d'information);
◗ 5. Ces équipes doivent comprendre des experts au plus haut niveau dans divers domaines, de la politique, de l'économie, des finances, de la diplomatie, du droit, des médias, etc., et invitent des spécialistes pour prendre des avis sur toute question.
Cette Structure pensée, réfléchie, coordonnée, permet de concevoir avec efficacité la communication de l'État, de mieux la produire, de mieux la diffuser.
Elle évite les tâtonnements, les improvisations, les lourdeurs, les options individuelles, les fautes de conception. Qu'arrive-t-il au pays? Si le nerf de la guerre c'est des milliards, les milliards seuls suffisent à faire la guerre, et, c'est le but de toute guerre, à la gagner ?
LA THÉORIE SUN TZU.
Une phrase prêtée à Mobutu : « La lutte politique est une bêtise, seule la lutte armée libère. On ne peut pas reprendre par négociation et dialogue ce que l’ennemi nous a pris par la force».
Mais sait-on qu'aller en guerre quand on sait qu'on ne peut la gagner n'est que folie ! La phrase de Michel Beaulieu : «Nul combat ne vaut l'effort si la victoire n'est acquise à l'avance».
A-t-on lu Sun Tzu et son ouvrage L’Art de la guerre, connu dans le monde comme l’un des premiers traités militaires ? Appelé aussi Sun Tse, Sun Zi, Souen Tseu, de son vrai nom Sun Wu, Sun Tzu est un général chinois du VIè siècle av. J.-C. Un général militaire accompli, un stratège et un philosophe pendant la dynastie des Zhou de la Chine ancienne (500 ans avant notre ère). Il est connu pour son ouvrage le plus ancien connu à ce jour portant sur la stratégie militaire.
L’Art de la guerre explique que l’objectif de la guerre est de contraindre l’ennemi à abandonner la lutte, y compris sans combat, grâce à la ruse, l'espionnage, une grande mobilité et l'adaptation à la stratégie de l'adversaire. Tous ces moyens doivent ainsi être employés afin de s'assurer une victoire au moindre coût (humain, matériel).
Il inaugure ainsi la théorie de l'approche indirecte, une théorie de géopolitique et de polémologie proposée en 1929 par Basil Henry Liddell Hart. Elle soutient que la victoire peut être obtenue par des actions indirectes limitées qui déstabilisent l'ennemi, plutôt que par le simple affrontement direct. Les idées de Sun Tzu ont été reprises et adaptées par différents auteurs pour la stratégie et notamment la stratégie d'entreprise.
Écrit, il y a plus de deux millénaires, l’ouvrage a traversé l’épreuve du temps pour s’imposer comme un classique sur la stratégie et la tactique militaire. Sa sagesse a influencé des dirigeants et des généraux d’armée, et ses connaissances trouvent un écho particulier dans des domaines où la concurrence est de taille : la politique, le commerce, le sport, le divertissement.
L'ouvrage explique qu'«une armée doit avoir un esprit de combat et une discipline forts et uniformes dans ses rangs. L’esprit de l’armée ennemie est la clé. Si vous pensez qu’ils sont de bonne humeur et que leur moral est bon, évitez de les attaquer.
En tant que général/leader, vous devez attendre qu’une occasion se présente lorsque votre ennemi commet une erreur ou qu’il se trouve désavantagé. Dans des jeux de stratégie, une seule erreur peut être fatale. Les tourments du regret embrouillent la vision du jeu et le mental peut plus facilement céder sous la pression».
« Tout est une question de préparation. Gagner une guerre ne signifie pas nécessairement écraser son adversaire, mais employer des stratégies habiles et subtiles de persuasion pour lui faire comprendre que vous avez l’avantage et qu’il ne vaut mieux pas vous attaquer. Planifiez toujours pour vous conduire à la victoire. Les nations qui partent en guerre sans avoir réfléchi aux questions clés s’aventurent droit dans l’autoroute de l’échec. Vous devez être capable de survivre avant d’espérer remporter une guerre. Par conséquent, sans avoir un plan approprié, il est imprudent de s’en prendre à l’ennemi. Gardez le contrôle de vos émotions. Le général court cinq dangers : téméraire, il risque d’être tué. Lâche, il risque d’être capturé. Coléreux, il risque de se laisser emporter. Chatouilleux sur l’honneur, il risque d’être humilié. Compatissant, il risque d’être tourmenté ».
«Utilisez tout ce que vous pouvez, trompez votre ennemi pour lui imposer votre volonté. Toute guerre est basée sur la tromperie. Par conséquent, lorsque nous sommes capables d’attaquer, nous devons paraître incapables. Lorsque nous utilisons nos forces, nous devons paraître inactifs. Quand nous sommes proches, nous faisons croire à l’ennemi que nous sommes loin. Au loin, nous devons faire croire à l’ennemi que nous sommes proches».
« En clair, créez une illusion de faiblesse tout en étant fort en dessous pour rendre l’ennemi complaisant et donc enclin à faire des erreurs. Toujours prendre l’initiative et accorder de l’importance à l’effet de surprise. Parfois, la concurrence semble toujours avoir une longueur d’avance sur vous. C’est probablement parce qu’ils ont investi du temps et de l’énergie à faire des recherches sur vous et à découvrir vos comportements. Lorsque cela se produit, la meilleure chose à faire est d’agir de façon imprévisible. Faites le contraire de ce que vous pensez que les gens attendent, faites exprès de faire une erreur ou disparaissez pendant un certain temps».
LES TACTIQUES QUI CHANGENT.
«Soyez toujours attentif à ce qui vous entoure. Les tactiques changent avec le terrain. Un bon général sait que les tactiques de combat changent avec l’environnement. Dans la vie quotidienne, nous savons qu’il y a des lieux à éviter, des personnes à ne pas croiser, des ordres qui doivent être désobéis».
Quand Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo se rend, deux fois en une semaine, dont le 5 janvier, à Luanda, en Angola, rencontre le président angolais João Manuel Gonçalves Lourenço, dans un contexte des accords signés le 4 décembre à Washington et ceux de Doha et poursuit le 12 janvier, cette tournée à Lomé, au Togo, où il est accueilli par celui qui est depuis le 3 mai 2025 le président du Conseil, à savoir, Faure Essozimna Gnassingbé, de quoi parlent-ils? Qui ne sait que Joâo Lourenço est le président en exercice de l’Union Africaine, UA, en charge notamment de règlement des conflits sur le continent, et Faure Essozimna Gnassingbé est, depuis avril 2025, le médiateur désigné de l’UA pour la résolution de la crise dans les Grands Lacs ?
À en croire les déclarations officielles, avec son homologue angolais, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo s'est entretenu « sur la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la République Démocratique du Congo qui reste préoccupante ».
À une question posée par un journaliste angolais sur l’implication du président Joâo Lourenço dans la résolution de la crise au Congo, le président Tshisekedi « a fait savoir que cette démarche ne se dissocie pas des Processus de paix de Doha et de Washington». « Présentant le président Lourenço comme « le champion africain de la paix », il « a reconnu ouvertement les efforts inlassables déployés par celui-ci». Il « a salué l’engagement et le leadership du président Lourenço, affirmant que ses « propositions très intéressantes » témoignent d’une volonté sincère de favoriser une paix durable».
À Lomé, selon une note de la présidence du Conseil citée par les médias togolais, « les deux hauts dirigeants » congolais et togolais «ont eu une séance de travail consacrée essentiellement aux questions bilatérales, à la situation dans l’Est de la RDC et à l’intégration inter-régionale.
Lors de leur entretien en tête-à-tête, Faure Essozimna Gnassingbé et Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo ont examiné la coopération entre Lomé et Kinshasa et réitéré leur volonté d’œuvrer davantage au renforcement de ce partenariat dans divers domaines d’intérêt commun.
« Ils ont évoqué (...) les questions de paix et de sécurité dans les différentes régions du continent en particulier dans la région des Grands Lacs qui connaît une instabilité aux conséquences économiques et humanitaires préjudiciables au développement ». Le président congolais a félicité Faure Gnassingbé pour ses efforts de médiation en vue de trouver une solution durable à ce conflit dans l’Est de son pays, la République Démocratique du Congo ».
Le président de la République peut-il parler paix et le porte-parole du gouvernement invoquer la tenue du dialogue en expliquant que « si on doit dialoguer avec le M23, ça se passera à Kinshasa et pas ailleurs» sans que cela n'influe les prises de parole des officiels, en premier, les membres du Gouvernement ?
D. DADEI.





