- ven, 13/02/2026 - 08:00
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1658 | VENDREDI 13 FÉVRIER 2026.
Aucune attaque ne peut être envisagée au Congo par les rebelles de l'AFC/M23 sans le go head de Kigali. L'attaque de drones revendiquée par ces rebelles visant dans la nuit du 31 janvier au 1er février l’aéroport stratégique civil de Bangoka-Kisangani, a été ordonnée par le pouvoir rwandais qui rejette ainsi les chemins de la paix recherchés par les accords de Washington et de Doha.
Une attaque inédite depuis la résurgence fin 2021 du M23, qui n'avait encore jamais mené de frappes à une distance aussi éloignée (des centaines de kms, ndlr) des territoires congolais sous occupation dans les Nord-Kivu et Sud-Kivu.
L'attaque de drones revendiquée mercredi 4 février par le groupe armé pourrait s'apparenter à un «acte terroriste», a accusé vendredi 6 février l'Union africaine, UA.
L'attaque contre l'aéroport civil de Kisangani, aussi utilisé par l'armée congolaise et ses aéronefs, «constitue une violation grave du droit international humanitaire, notamment des principes de distinction, de proportionnalité et de précaution», a dénoncé le président de la Commission de l'UA, Mahamoud Ali Youssouf, dans un communiqué.
Elle est «susceptible de relever de la qualification d'acte terroriste», a-t-il poursuivi, et de mettre en garde contre une «escalade» du conflit qui «fait peser des risques inacceptables sur la stabilité nationale et régionale, ainsi que sur la situation humanitaire déjà critique» dans l'Est du Congo.
Le mouvement rebelle AFC-M23 a affirmé avoir procédé «à la destruction du centre de commandement des drones militaires installés à l'aéroport de Kisangani».
Deux accords de paix signés à Washington «pour la paix et la prospérité» par les présidents congolais et rwandais et par le président américain Donald Trump et à Doha, n'ont guère mis un terme à la guerre.
MUKWEGE RÉCLAME DES SANCTION.
Pour les autorités de la province de la Tshopo, huit drones chargés de sous munitions ont été interceptés avant d’atteindre leur cible. Aucune perte en vie humaine n’a été déplorée et le trafic aérien n’a pas été perturbé.
«Entre minuit et 02:00' matin, deux drones ont été abattus, ce qui a entraîné la panique dans le village. Nous nous sommes dit que si ce drone tombe sur nous, ça sera dangereux. Il y aura mort d'homme. Nous avons eu peur et à partir de 03:00', en grand nombre, nous nous sommes déplacés», raconte Jean Etongo, cultivateur. L'homme vit aux abords de la piste d’atterrissage de Bangoka, l’aéroport de Kisangani. Comme beaucoup de ses voisins, il a été réveillé par les bruits des drones, dans la nuit de samedi à dimanche.
Depuis, il a trouvé refuge au centre de Kisangani, à 17 kms de l’aéroport international. Aujourd’hui, ce père de famille vit dans un chantier abandonné, sans porte ni fenêtres. Comme Jean Etongo, Espérance a fui son village après avoir entendu les détonations de l’attaque.
«Les soldats n'ont pas voulu que nous nous en allions. C'est notre propre peur qui nous a fait partir, avec les tirs qui inquiétaient nos enfants. Quand un drone s’approchait, on entendait des crépitements de balles et quand il y avait un grand bruit, ce qu’il avait été abattu. Ensuite, le silence revenait», témoigne Espérance.
Selon un message officiel, diffusé sur les antennes de la Rtnc, la radio-télévision nationale, ces drones étaient armés et avaient pour objectif de provoquer des dégâts humains et matériels. Les autorités congolaises appellent désormais la population au calme et lui demandent de ne pas céder aux rumeurs, ni à la panique.
«Kisangani est considérée comme le dernier verrou pour les rebelles»,explique Gentil Sefu, vice-président de la Nouvelle dynamique de la société civile. Il demande l'aide du gouvernement : «Nous demandons au gouvernement congolais de fournir les efforts nécessaires, afin d'envoyer du matériel sophistiqué à Kisangani, notamment les détecteurs, et de doter Kisangani de drones et d’avions de chasse».
Troisième ville du pays après Kinshasa et Lubumbashi, Kisangani reste une cité stratégique, «notamment du point de vue économique et militaire. Une ville que l’État congolais ne peut pas perdre», explique Alphone Maindo, professeur de sciences politiques à l’Université de Kisangani. «C’est le carrefour stratégique entre l’Est et l’Ouest.
Si tu contrôles Kisangani, tu peux facilement, par le fleuve, aller à Kinshasa. La région de Kisangani a quand même aussi beaucoup de ressources naturelles. Des ressources ligneuses, comme le bois et autres, mais aussi des ressources minérales, comme l’or et le diamant. Sur le plan militaire, à proprement parler, Kisangani est devenu l’une des bases arrière de nos forces armées. C’est aussi le chef-lieu de la troisième zone de défense et, donc, on peut comprendre que les ennemis du Congo puissent considérer Kisangani comme une cible», ajoute Alphone Maindo.
«Nous, membres du Collectif des Activistes Engagés de la Tshopo, élevons nos voix avec force face à la détérioration inquiétante de la situation sécuritaire qui menace notre province depuis le début de la rébellion menée par AFC/M23», déclaré le 9 février un Collectif des Activistes Engagés de la Tshopo.
Puis : «La récente tentative d’attaque par drones kamikazes en date du 31 janvier 2026, déjouée à l’aéroport international de Bangboka par nos vaillantes FARDC, a plongé la population de Kisangani dans une profonde psychose. Cet acte criminel grave n’est pas un simple fait divers : il s’agit d’un signal d’alarme sérieux qui démontre l’ampleur des menaces pesant sur notre province en général et la ville de Kisangani en particulier.
Notre province a déjà été plusieurs fois victime d’attaques armées ayant causées d’énormes préjudices du genre.Après les guerres dites de 3, 1 et 6 jours, cette guerre que nous impose les ennemis de la paix, nous citons : L’AFC/M23 soutenu par le Rwanda est inacceptable pour une province qui a tant souffert et meurtrie comme la nôtre».
Enfin : «Chers Tshopolaises et Tshopolais, la sécurité de notre ville est l’affaire de tous. Chacun doit jouer son rôle pour faire bloc contre toute tentative de déstabilisation provenant de l’ennemi de la paix, la sécurité, et pour préserver notre dignité».
Pour sa part, le Dr Denis Mukwege dénonce, dans une déclaration datée du 6 février, «la guerre d’agression et d’occupation menée par l’armée rwandaise et ses supplétifs du M23/AFC depuis 2021 - présentée à vingt et une reprises dans l’Accord de Washington du 27 juin 2025 comme de prétendues «mesures défensives» - a pris une nouvelle tournure depuis les récentes attaques par drones de l’aéroport stratégique de Kisangani».
Si aucune victime n'est à déplorer, «ces attaques ciblant l’aéroport de la plus grande ville du nord-est (du pays) suscitent de vives inquiétudes», poursuit le gynécologue, militant des droits de l'homme kino-congolais, pasteur chrétien évangélique pentecôtiste et Prix Nobel de la paix 2018 qui craint que ces attaques «risquent sérieusement de raviver les tensions ougando-rwandaises, faisant ressurgir le spectre de la «guerre des six jours».
Quand le Rwanda justifie la présence de son armée au Congo par des « mesures défensives », Mukwege rappelle que «le droit international n’a jamais reconnu le principe de la guerre préventive ni celui de la légitime défense préventive. Or, cette doctrine, qui fait partie intégrante du narratif rwandais visant à légitimer son interventionnisme en territoire congolais depuis plus de trois décennies, a déjà occasionné plusieurs millions de morts en RDC».
«À l’instar du droit interne des États, qui interdit aux individus de recourir à la force pour se faire justice eux-mêmes, sauf en cas strict légitime défense individuelle, la Charte des Nations Unies érige en principe de base l’interdiction de l’usage de la force armée dans les relations entre les États et encadre le système de sécurité collective en indiquant que les États membres des Nations Unies confèrent au Conseil de sécurité la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales tout en reconnaissant à l’article 51 deux exceptions à l’interdiction du recours à la force : la légitime défense en cas d’agression armée avec menace réalisée ou une autorisation du Conseil de sécurité. Il ne prévoit pas la possibilité d’intervenir face à une menace potentielle ou future, même sérieuse».
Mukwege déclare «urgent que le Rwanda et ses alliés rendent des comptes et subissent des sanctions fortes pour mettre un terme à leurs actions militaires sur le sol congolais et éviter toute escalade supplémentaire dans ce conflit ayant déjà généré tant de souffrances auprès de la population civile des Kivu.
Faute de quoi, le risque d’un embrasement généralisé de la région des Grands Lacs menacera encore davantage la paix et la sécurité internationales».
avec AGENCES.





